Le projet du nouveau port au sud de Bastia

Le projet du nouveau port au sud de Bastia

RCFM et Corse-Matin ont organisé hier un débat sur le projet d’un nouveau port au sud de Bastia. Autour de Jean Dominici, président de la CCI2B et concessionnaire du port actuel, étaient présents :

  • Gilles Simeoni, président de l’Exécutif de Corse
  • Pierre Savelli, maire de Bastia
  • Stefanu Venturini, vice-président de CCI2B
  • François Tatti, président de Cab
  • Jean Zuccarelli, membre de l’opposition municipale bastiaise et ancien président de l’Adec
  • Eric Simoni, porte-parole de Corsica Libera
  • Les représentants des associations de défense de l’environnement

Voici la position que nous avons défendue, via la voix de Stefanu Venturini, notre Vice-Président :

« En premier lieu permettez-moi de préciser que je représente ici, en qualité de Président de la commission du Port de Bastia, bien sûr la CCI et son Président Jean Dominici présent dans la salle, mais également et surtout l’ensemble de la place portuaire à laquelle nous appartenons et que nous avons réuni hier après midi, et dont je salue la présence nombreuse ce soir à nos côtés.
Je le précise car c’est le premier message que je voudrai vous faire partager : la place portuaire de Bastia qui rassemble les compagnies, les lamaneurs, les dockers, les pilotes, tous les métiers de la plateforme est unanime pour exprimer deux points très clairs :
  • Le premier : le projet de grand port au sud de Bastia est, et doit rester un projet économique, un projet nautique et logistique mais ne peux pas être, ne doit pas être, un projet englué dans la polémique politique et a fortiori dans un enjeu de campagne municipale, même si c’est apparemment ce que vous avez souhaité organiser ce soir.
  • Le second est que ce projet n’est pas pour nous, et pour toute la place portuaire, une vieille lubie ou encore une vue de l’esprit théorique : c’est bien une nécessité physique et le temps passé – le temps perdu diront certains – n’a fait que renforcer son importance, sa nécessité vitale, pour que la Corse puisse participer aux échanges, équilibrer sa place en Méditerranée et développer son économie.
Nous avons besoin de ce nouveau port au sud pour trois raisons principales, trois raisons évidentes que je dois rappeler : le port actuel est trop petit, beaucoup trop petit ; il est également mal placé et il est surtout totalement dépassé d’un point de vue technologique et environnemental.
Premièrement, il est trop petit car il correspond au trafic maritime et aux tailles des navires du XIXe siècle. Aujourd’hui avec des ferries qui vont tous dépasser les 200m, nous ne pouvons en accueillir que 2 à la fois, voire un seul s’il y a du vent, et même aucun si la météo est vraiment défavorable.
C’est le seul port de Méditerranée qui se vide et qui ferme quand il fait mauvais temps… et c’est pourtant le premier port de commerce de Corse !
Deuxièmement, il est aussi mal placé : parce qu’un port a besoin de connexions routières, d’espace et de terrepleins pour fonctionner correctement et là nous sommes coincés contre la ville, et la ville est coincée contre le port.
Nous venons de tirer notre dernière cartouche en faisant ce que personne n’a fait depuis des décennies : remplir une partie du bassin. Et en effet il faut le dire clairement, nous en sommes à garer des camions à la place des bateaux. Le pire qu’un port puisse imaginer pour son fonctionnement et a fortiori son développement.
Troisièmement, il est dépassé car il est déconnecté de tous les réseaux et de toutes les technologies modernes, alors que le nouveau au sud sera très facilement et surtout très avantageusement réalisé pour anticiper l’avenir.
Le projet est relié au nouveau réseau routier par une voie dédiée, il permettrait l’intermodalité avec le rail et surtout, il serait a même d’accueillir toutes les nouvelles technologies propres : GNL, électricité Moyenne Tension a quai…
Et enfin son dimensionnement et son organisation vont ouvrir toutes les possibilités d’échanges maritimes pour la Corse : navires de tous types et de toutes tailles, containers, vrac… et bien d’autres encore .
Mais nous avons aussi besoin de ce nouveau port pour des raisons de pur développement, de développement économique et durable, pour les 4 raisons principales que je vais vous exposer :
La première est que  la gestion portuaire et le transport maritime sont des vecteurs de création de richesse et d’emplois. La Corse en a besoin, et chacun doit en mesurer l’importance
Aujourd’hui le port c’est 3 900 emplois, directs, indirects et induits, et 245 millions d’euros de valeur ajoutée.
Demain, avec le projet au sud, c’est près du double qui peut être atteint avec plus de 5 000 emplois et une valeur ajoutée qui évoluera a terme de 326 à 530 millions d’euros.
La seconde de ces raisons c’est que la reconversion du site actuel ouvre des perspectives immenses dans deux directions très dynamiques : la grande plaisance avec un bassin de 800 anneaux et la croisière au quai des martyrs.
Je n’évoquerai pas les 4 hectares  et demi de parking en centre-ville, mais ils seront pourtant bien disponibles.
Troisièmement, une infrastructure de cette importance – un nouveau port et son environnement économique – sont des leviers formidables pour innover et pour ouvrir des perspectives dans leur sillage.
Située au cœur des flux d’échanges en Méditerranée,  la Corse est contournée logiquement par les vecteurs physiques et logistiques qui rejoignent les ports continentaux, mais également et c’est moins une fatalité, par les flux tertiaires qui accompagnent ou précèdent ces flux de marchandises (informations, services, données …).
Grâce à sa position neutre – mais centrale –  le nouveau port peut et doit devenir un point d’appui pour un nouvel écosystème de services et de valeurs de ces échanges,  et je ne peux les énumérer tous tant les opportunités sont nombreuses : trading, services financiers, assurances, certifications, arbitrages, formations…
Enfin la dernière de ces raisons est probablement la plus importante : les sociétés et les populations qui se retournent sur elles-mêmes, qui se recroquevillent, sont condamnées au déclin et à la disparition.
Aujourd’hui ce projet est l’opportunité idéale pour relancer la Corse dans le concert des îles et des nations en Méditerranée. Il a déjà le soutien de l’Europe et de l’Etat, il n’attend plus que le nôtre ; il n’attend plus que le vôtre Messieurs les élus, et l’histoire retiendra ceux qui auront su prendre la bonne, la meilleure décision – ou la plus mauvaise. »