[CORSE-MATIN] La fièvre entrepreneuriale a gagné deux cents jeunes

[CORSE-MATIN] La fièvre entrepreneuriale a gagné deux cents jeunes

A l’occasion du championnat régional « Mini-entreprises » porté par l’association « Entreprendre Pour Apprendre Corsica », un vent de créativité a soufflé sur la promotion 2018-2019 hier au campus Kedge de Borgo

Sur le campus Kedge business school, hier les mini-entrepreneurs étaient investis à 100 % dans leur fonction. Une collégienne a été nommée directrice, un de ses camarades a enfilé le costume de responsable des ressources humaines. Un autre s’est vu confier la tâche de commercial.

Selon les profils et les compétences de chacun, qui se sont révélées tout au long du programme « mini-entreprise » porté par l’association Entreprendre Pour Apprendre Corsica, ils ont plongé dans l’aventure entrepreneuriale avec… « passion« , « enthousiasme« , « sérieux« . Des termes que chacun use avec habileté lorsqu’il est question de « vendre » leur idée et de valoriser leur concept.

À la recherche « de l’idée qui va marcher »

Sur les 14 équipes en lice pour la finale régionale qui s’est déroulée hier à Borgo, toutes sont venues avec l’envie de remporter un titre. Une place pour le championnat national qui se déroulera du 3 au 5 juillet à Lille au cours duquel seront célébrés les 100 ans de la mini-entreprise.

« Une expérience unique pour valoriser leurs qualités« , confie Serge Santunione, président EPA Corsica, qui semble vouloir croire chaque jour davantage à ce projet. Force est d’ailleurs de constater qu’en six ans, une progression est observée en termes de participation mais aussi de représentativité territoriale.

Des collégiens et lycéens, des élèves postbac ou en insertion originaires de Bastia, Casinca, Levie, Ajaccio comme Sartène sont venus présenter leur mini-entreprise devant un jury composé de professionnels et d’élus. L’objectif est de tripler ce nombre dans les deux ans. Pour y parvenir, le président de l’association ne manque pas d’arguments pour défendre les enjeux. En haut de la liste se retrouve un point essentiel : « Croire en la jeunesse, en sa richesse, en favorisant l’esprit d’entreprise ».

En parcourant les stands de cette nouvelle édition parrainée par Laetitia Descoin-Cucchi de l’association Inseme, les mini-entreprises qui ont déjà passé l’étape des oraux semblent rodées à l’exercice. Cartes de visite dans la poche, dépliant sur la table, logos soignés et toujours un discours bien amené. « Nous avons décidé de travailler sur Napoléon. On a réfléchi à ses habitudes et on a appris qu’il avait toujours sur lui quelque chose pour écrire. Nous avons alors eu l’idée de réaliser un bloc-notes en bois à son effigie », explique Lea de l’Entreprise « A la manière de… » inscrite à la mission locale d’Ajaccio. Une fois le prototype réalisé et l’étape test validée, place à la vente. « Dans le cadre de l’association, c’est plus simple car nous sommes accompagnés mais il y a toujours au point de départ, le défi de trouver l’idée qui va marcher ».

Quelques stands plus loin, se retrouve l’équipe d’Isu’Linda. Cette fois, les mini-entrepreneurs ont travaillé à la réalisation d’une lessive écologique corse sous forme de pack. Mode d’emploi à la clef. « Nous voulons contribuer à la réduction de la pollution des eaux usée et des emballages », soulignent les participants de Sartène qui vendent déjà leur produit dans un corner de la galerie commerciale de leur sponsor.

D’autres jeunes rencontrés ont proposé des jeux de société de sensibilisation au tri ou des badges en bois recyclé. Un imagier sonore bilingue français et corse a même été confectionné et un volume 2 est déjà en préparation. C’est dire que la fièvre entrepreneuriale a gagné la jeune génération.

Lorsque deux « mondes » se rencontrent…

Pour les accompagner, ils ont pu compter sur le soutien de leur parrain chef d’entreprise mais aussi sur les conseils de professionnels de la finance via notamment le partenaire Crédit Agricole. Le dynamisme des équipes pédagogiques engagées dans ce programme aura certainement fait la différence, comme le souligne le président d’EPA Corsica.

Ce championnat, c’est aussi une façon de faire la démonstration que les deux mondes de l’Entrepreneuriat et de l’Éducation ont un rôle complémentaire pour former la jeunesse. Pour encourager le développement économique d’un territoire et insuffler cet esprit d’entreprendre qui semble parfois faire défaut aux entrepreneurs en mal de… salariés. Si ces mini-entrepreneurs du jour ne deviendront pas tous demain des chefs d’entreprise, ils auront toutefois découvert un milieu professionnel avec ses contraintes et ses défis. Ils auront appris à croire… en eux.

4 tickets pour le championnat national

Dix-sept équipes étaient initialement engagées dans ce concours régional. Hier, elles n’étaient plus que 14 en lice pour décrocher 5 places et participer à la finale nationale qui se déroulera en juillet à Lille. Les finalistes sont l’entreprise l’Avvene, Simu noi (Collège Saint-Jo Bastia), Bella Zitellina (Lycée du Fango Bastia), la Boîte à Miam (CFA de Corse-du Sud) et « A la manière de … » (Mission locale d’Ajaccio).

 » Une expérience qui a donné du sens à l’école »

Cette année, Francesca Paolantonaccia est une ambassadrice « Mini entreprise ». Lors de l’édition 2019, elle faisait partie d’une équipe de collégiennes en compétition qui a créé l’entreprise Terra Fiamma. Une expérience qui a changé la façon d’entrevoir la future vie professionnelle de la jeune femme originaire d’Azilone. « Ce programme m’a donné une grande confiance car au collège, on ne nous demande pas souvent notre avis. On nous sollicite peu. Je me suis vraiment épanouie surtout dans le rapport humain. Je pense que cela donne un sens à l’école. J’avais le sourire chaque matin en me rendant à l’école. On comprend que les notions qu’on nous enseigne sont importantes. On a l’espoir, en fait. L’enthousiasme a été général. Mes camarades aussi ont changé et cela me fait plaisir car on comprend qu’on sera performant plus tard, si on travaille avec notre coeur« .

JULIE QUILICI-ORLANDI