[CORSE-MATIN] Un plan d’urgence pour les entreprises dans le rouge

[CORSE-MATIN] Un plan d’urgence pour les entreprises dans le rouge

Selon les premières estimations livrées hier matin par les socioprofessionnels et la CCI de Corse, le conflit maritime aurait engendrés près de 1,6 million de pertes journalières sur l’île. Trois mesures sont alors défendues.

Nouvelle réunion de crise hier matin à l’hôtel consulaire de Bastia en présence des socio-professionnels. Tour à tour, les acteurs économiques ont brossé le tableau des pertes financières estimées depuis le début du conflit social de la cité phocéenne.

La forte dégradation des échanges maritimes, résultat de la superposition de deux conflits sociaux aux enjeux divers, a fragilisé l’économie de l’île depuis 21 jours. Si un accord commercial entre les deux compagnies maritimes a été trouvé, mettant un terme à la grève des marins de La Méridionale débutée le 9 janvier du port de Marseille, s’est également manifestée l’opposition des personnels navigant CGT, au sujet cette fois de la réforme des retraites.

Les effets de la grève se chiffrent déjà

Un conflit « local » qui a fait suite à une grève nationale qui, depuis le mois de décembre, engendre des retards de livraison, un approvisionnement au compte-gouttes et la mise en place d’un « plan B » inédit depuis Nice.

« Les conséquences désastreuses de la forte dégradation des échanges maritimes et le blocus du port de Marseille ne seront pleinement affinées que dans plusieurs mois », a souligné Jean Dominici, le président de la CCI régionale, qui d’emblée annonce « que d’importants effets directs sont de mesurables et mesurés. Et sans un soutien massif et rapide des pouvoirs publics, les dégâts risquent fort d’être irrémédiables pour les commerces et les entreprises plus vulnérables ».

Les socioprofessionnels tirent la sonnette d’alarme. « Les très petites entreprises ont rencontré des problèmes d’approvisionnement, ce qui a engendré une perte de chiffre d’affaires. Depuis 2017 les entreprises sont défaillantes et on s’inquiète », insiste Louise Nicolai, présidente de l’U2P (union des entreprises de proximité) de Corse.

Selon les derniers retours du terrain, elle estimerait les pertes des commerçants de l’ordre de 15 à 20 %.

« Nous nous retrouvons pris en otage. L’économie de l’île en général a été impactée. Il est vital de sortir du conflit », insiste Charles Zuccarelli au nom du Medef.

Le message est passé et la « nouvelle » est, in fine tombée hier au cours de la réunion. Jean Dominici a alors partagé l’annonce en direct. A la suite de l’intervention conjointe de Renaud Muselier, président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, et le président du conseil exécutif de Corse, « le gouvernement nous assure que le courrier de sortie de crise sera signé aujourd’hui par les ministres en charge du dossier ».

Un courrier attendu qui pourrait siffler la fin du mouvement social à Marseille (lire ci-dessous). « Le conflit devrait enfin cesser mais la remise en route sera toutefois difficile car plusieurs centaines de remorques sont toujours bloquées dans les ports ».

Cette annonce a surtout le mérite d’apaiser les transporteurs de Corse qui avaient menacé, quelques minutes plus tôt, de blocages sur les ports de l’île à compter de lundi si aucune issue n’était trouvée. Ce soulagement ne minimise d’ailleurs pas les difficultés auxquelles devront encore faire face les transporteurs. « On attend déjà de savoir ce que vont dire les représentants syndicaux sur le port de Marseille au sujet de ce courrier. Quant à notre situation, elle est catastrophique, je dirais même suicidaire. Nous travaillons dans des conditions de travail périlleuses, nos chauffeurs sont hors la loi. Ils n’ont plus assez d’heures de repos. On travaille du lundi au dimanche, on ne peut plus continuer et on ne gagne pas d’argent, on en jette par les fenêtres », a confié Jean-Marie Maurizi.

Si la tempête sociale est en passe de se calmer, les acteurs économiques doivent à présent colmater les brèches financières. La CCI de Corse, en concertation avec les différents partenaires* a alors proposé un plan d’urgence qui se décline en trois mesures. D’abord l’activation d’une cellule « commerces et entreprises en difficulté », la réactualisation du dispositif exceptionnel de soutien en trésorerie à taux zéro, en partenariat avec les banques, et enfin l’exonération de cotisations patronales de sécurité sociale pour le 1er trimestre 2020.

Un dispositif exceptionnel qui avait déjà été débloqué en août 2014 lors du conflit de l’ex-SNCM. Charles Zuccarelli a également assuré que lors de ses derniers échanges, l’ex-préfète de Corse Josiane Chevalier lui aurait assuré « faire le nécessaire « . L’Urssaf aurait même évoqué « un étalement des cotisations sur 24 mois ».

Du côté de la CPME Corsica, Philippe Pasqualini assure que ces mesures sont nécessaires, « même si nous préférerions nous passer de soins palliatifs « . Si, de l’aveu général, le bilan définitif des pertes ne sera mesurable qu’à la fin de la saison estivale 2020, des premières estimations sont avancées. En prenant pour référence l’étude Goodwill 2017, « les dégâts » directs et indirects du conflit sur l’économie de la Corse s’élèveraient à 33,6 millions d’euros, ce qui représente 1.6 million de pertes journalières tous secteurs confondus. À ce jour, rappelons que près de 1500 remorques seraient toujours en souffrance.

*Chambre de métiers et de l’artisanat, Chambre d’agriculture, Medef, CPME, UDP, Fédération du bâtiment 2b, Umih et transporteurs

Le courrier enfin arrivé

Il aura fallu 15 jours au gouvernement pour qu’enfin la communauté maritime soit rassurée par un courrier envoyé hier soir et cosigné de Jean-Baptiste Djebbari et Laurent Pietraszewski, respectivement secrétaires d’État en charge des Transports et des Retraites.

Dans cette lettre longue de trois pages, ces derniers assurent notamment les marins que « l’objectif du gouvernement est de pouvoir maintenir les équilibres actuels en matière de droits à la retraite tout en intégrant les marins au sein du système universel. Cette intégration leur permettra notamment de bénéficier d’une solidarité accrue avec l’ensemble des assurés et contribuera à la pérennité de leur régime. Nous souhaitons également que cette intégration permette aux marins de maintenir constant leur niveau de retraite sans pour autant remettre en cause les équilibres économiques des employeurs « .

Comme l’avait réaffirmé dans nos colonnes Frédéric Alpozzo, secrétaire général du syndicat CGT des marins de Marseille, aucun déblocage ne pouvait être envisagé sans une réponse de l’État. C’est désormais chose faite. On peut imaginer que le communiqué conjoint de Renaud Muselier et Gilles Simeoni, alertant sur la situation, a contribué à donner le coup d’accélérateur final.

Reste maintenant à rendre effective la levée du blocage du port de Marseille. Un déblocage d’autant plus attendu que le président de l’Exécutif corse n’avait pas manqué de souligner les conséquences désastreuses sur le plan économique d’un conflit qui dure maintenant depuis le 9 janvier dernier. La journée d’aujourd’hui pourrait officialiser la fin de la grève.

JULIE QUILICI-ORLANDI