[CORSE-MATIN] Concession des aéroports et des ports : prolongation en vue

[CORSE-MATIN] Concession des aéroports et des ports : prolongation en vue

Hier, lors de l’assemblée générale de la chambre de commerce et d’industrie (CCI), Gilles Simeoni s’est montré favorable au renouvellement du contrat de gestion confié à l’institution consulaire et qui se termine à la fin de l’année. Un dossier qui aiguise les appétits …

Plus rien ne peut nous séparer, mis à part le coronavirus si la situation s’aggrave… Et encore j’en doute. La phrase teintée d’humour de Gilles Simeoni est révélatrice du rapprochement en cours entre la chambre de commerce et d’industrie de Corse (CCI) et la collectivité de Corse (CDC).

Pas d’avancées majeures, hier à Bastia, lors de la deuxième assemblée générale de l’institution consulaire régionale, mais un réchauffement des relations entre les deux structures. Jean Dominici, le nouveau président de la CCI après la fusion des deux départements, le fait savoir d’emblée dans son discours : « Je dois souligner l’intercession positive de Gilles Simeoni et de sa collaboratrice Mme Pianelli qui ont su dynamiser un calendrier dont le démarrage avait connu, il faut bien le dire, quelques hésitations« . Dans sa ligne de mire, un seul objectif, le rattachement de la CCI auprès de la CDC dans un délai rapide. Depuis le vote au parlement de la loi Pacte, qui tend à réduire considérablement les ressources publiques des CCI afin de les privatiser et les orienter vers le secteur concurrentiel, les différents acteurs locaux se mobilisent pour trouver une sortie de crise. Un amendement du gouvernement acte « un processus global de transfert de compétences de l’État vers la collectivité de Corse« .

« Nous privilégions le rattachement de la CCI à la CDC »

À condition de respecter le calendrier. Une étude doit être remise au Parlement ainsi qu’au conseil exécutif de Corse avant fin mai. Devant les élus consulaires, Jean Dominici l’assure : « L’étude a été confiée au prestigieux cabinet Ernst and Young qui doit rendre son travail à la fin du mois de mai, soit quasiment le délai imparti dès l’origine« .

Même position du côté de Gilles Simeoni, qui tient à rassurer tout le monde : « La question du rattachement et du renouvellement des concessions fait l’objet d’une attention prioritaire. Les délais devraient être respectés« .

Le cabinet en charge du marché doit travailler sur plusieurs scénarii possibles : « Nous privilégions le rattachement de la CCI à la CDC. Mais il pose un certain nombre de questions en termes financier, juridique, technique, statut des personnels. Sur le fondement de ce travail documenté, nous devrons choisir le meilleur scénario et ensuite le mettre en œuvre« .

Avec un calendrier serré à respecter pour ne pas mettre en péril la situation économique de la CCI : « La situation doit être tranchée au plus vite. Mais nous sommes dans un cycle institutionnel complexe marqué par la fusion de la collectivité de Corse, la question du rattachement de la CCI et aujourd’hui la chambre régionale des comptes qui invite à penser à une éventuelle refonte des agences et offices. Cela pose aussi des questions importantes en termes de ressources humaines. Ce sont des chantiers importants. »

Un dossier à 100 millions d’euros

Reste également la question épineuse des concessions portuaires et aéroportuaires gérées actuellement par la CCI dont le contrat expire à la fin de l’année. À ce sujet, le président de la CCI fait part de ses « inquiétudes face au manque d’accélération sur l’enjeu crucial du renouvellement des concessions« .

Propriétaire des ports et aéroports, la CDC doit lancer un appel d’offres européen pour ce dossier qui aiguise les appétits. Les concessions représentent un chiffre d’affaires global de 100 millions d’euros (redevances, taxes, loyers, etc.) pour les chambres consulaires, soit 85 % de leur activité. En janvier dernier, Jean Dominici lançait un signal d’alerte dans nos colonnes : « Si nous perdons les concessions, nous n’aurons plus moyen de nous financer et de faire vivre nos 750 employés« . Là encore, le nationaliste tente de rassurer ses interlocuteurs : « Il sera difficile de statuer tranquillement sur les choix à faire. Il y a une concurrence particulièrement âpre avec des gros opérateurs privés qui se positionnent. Des chambres de commerce de certaines régions de France se positionnent même pour exploiter les concessions d’autres régions. Nous sommes soumis aux règles de concurrence ».

De quoi susciter des questions sur le format à adopter à l’avenir, au vu des enjeux : « Est-ce que la CDC va continuer à concéder l’exploitation des ports et aéroports, s’interroge Gilles Simeoni. C’est une question que l’on doit poser. En cas de rattachement à la CDC, la CCI pourrait aussi gérer directement les concessions sans passer par un appel d’offres. Mais cette option juridique n’est absolument pas certaine. Il faut se laisser le temps de bien réfléchir« .

Une manière de botter en touche face à un sujet dangereux sur le plan politique : « Nous espérons prolonger le contrat de deux ans, voire d’un an a minima. Il faut discuter de cette option avec le préfet et le confronter au contrôle de légalité« . L’option n’est pas pour déplaire aux élus de la CCI, prêts à sauter le pas :  » Nous n’attendons que ça, avance Paul Marcaggi, vice-président de la CCI. La CDC doit nous montrer la voie. Nous sommes dans les starting-blocks« .

ANTOINE GIANNINI