[CORSE-MATIN] La CCI sur le front de la relance pour « éviter la récession »

[CORSE-MATIN] La CCI sur le front de la relance pour « éviter la récession »

Alors que la crise sanitaire a plongé l’économie locale dans des difficultés « inédites », avec plus de 3000 entreprises proches du dépôt de bilan, la chambre régionale déploie un plan d’attaque. Et lance « un appel solennel » au président Macron, attendu sur l’Ile cette semaine.

Le 3 septembre dernier, le gouvernement lançait un plan de relance « historique » de 100 milliards d’euros – dont 40 milliards de contributions européenne – afin de « redresser rapidement et durablement l’économie française » face à la crise sanitaire. Dans un contexte marqué notamment par des difficultés inédites pour un très grand nombre d’entreprises, les responsables de la chambre régionale de commerce et d’industrie (CCI) entendent faire valoir au plan national « l’urgence » de la situation en Corse, « première région française la plus impactée ».

À la veille du sommet du Med 7, qui doit se dérouler cette semaine à Ajaccio en présence du président de la République, le président de la CCI, Jean Dominici, a d’ailleurs lancé hier, un « appel solennel » à Emmanuel Macon, « pour que nous puissions travailler, proposer, réformer sans plus attendre, dans le plan et les cadres qu’il a ouverts, afin que cette crise ne condamne pas la Corse à la récession, nos jeunes au chômage et notre société à la détresse et au désespoir ».

Entouré des vice-présidents de l’instance pour la Haute-Corse et la Corse-du-Sud, Pierre Orsini et Paul Marcaggi, le président de la chambre régionale a en effet dressé un état des lieux préoccupant de l’économie locale. Tout en exposant également les différentes mesures de soutien mises en place dès le mois de mars. Ainsi que les priorités du Plan de redémarrage économique corse, finalisé au mois de juillet dernier sur la base des contributions de près de 1800 entreprises insulaires, d’élus, de partenaires institutionnels et du cabinet EY.

« Actions d’urgence »

Ce plan, d’ores et déjà transmis au gouvernement et à la Collectivité de Corse, et chiffré à 2,5 milliards d’euros (lire ci -contre), comporte 70 mesures, « dont 46 spécifiques aux douze filières identifiées parmi lesquelles le tourisme, les services de proximité, le BT P et les transports, entre autres ». Une plateforme dédiée au suivi individualisé des entreprises doit aussi être créée, notamment « pour aider les 10 000 structures mises en difficulté par la crise. Cela représente plus de la moitié des entreprises corses, sachant que 3 000 d’entre elles sont menacées par un dépôt de bilan dès cet hiver. Avec le risque de perdre quelque 6 000 emplois en CDI », ont alerté les responsables.

L’un des axes du plan consiste en outre à « impulser des projets en mettant l’expertise insulaire en réseau ». « Le financement du plan de redémarrage économique corse, qui comporte beaucoup de points d’entrée avec le plan de relance nationale, ne pourra pas passer par une logique d’enveloppe accordée par l’État. C’est pourquoi nous avons déjà engagé des démarches auprès des ministres Gourault et Le Maire pour mettre en avant les besoins concrets et les actions à mener », ont précisé les élus de la CCI. Selon lesquels la part d’investissement local pourrait être de l’ordre « de 20 à 30% » du montant global.

Toujours selon eux, douze « actions d’urgence » doivent être menées : « Un mur de dettes supérieur à un milliard d’euros vient d’être constitué avec les PGE (prêts garantis par l’État, ndlr) et les reports d’échéances. Ce mur doit absolument faire l’objet d’un traitement urgent et spécifique à la Corse et à son tissu économique constitué majoritairement de PME et de TPE. L’échéance doit être reportée à septembre 2021 et la durée actuelle de cinq ans doit être allongée. Sans cela le court terme nous réserve cessations de paiements et faillites en série », a insisté Jean Dominici.

Concernant les 200 millions d’euros de charges fiscales et sociales cumulées, le plan préconise « non seulement un étalement des sommes dues, mais aussi un calcul revu au cas par cas ». « Nous demandons par ailleurs que l’activité partielle soit prolongée au moins jusqu’en avril 2021 », a ajouté le président régional. À ses côtés, Paul Marcaggi et Pierre Orsini ont aussi tenu à rappeler les mesures d’ores et déjà mise en oeuvre par la CCI pour faire face à la crise. Parmi elles, en lien avec la CdC, le prêt à taux 0 « Sustegnu », pour renforcer la trésorerie, qui concerne plus de 300 entreprises pour un montant global de 23 millions d’euros. Ou encore le dispositif Compru qui, pour soutenir le commerce de proximité à travers 280 000 euros de bons d’achat à gagner.

Et si la CCI a investi plus de 7 M€ « pour sécuriser les transports et soutenir les lignes dans l’aérien et le maritime afin d’éviter une saison blanche », ses responsables constatent toutefois une baisse de 40 % du trafic sur la pleine saison. Et redoutent « un effet catastrophique du passage en zone rouge » pour l’arrière-saison.

EN CHIFFRES

2,5  – En milliards d’euros, l’estimation du montant nécessaire à la relance de l’économie corse. La somme requise dans l’immédiat pour le redémarrage a quant à elle été estimée à 500 millions d’euros. Une aide que la CCI espère voir débloquée au plus vite par l’Etat, idéalement « dès cette semaine », à l’occasion de la venue sur l’île du président Macron.

LAURE FILIPPI