[LA LETTRE – CCI DE CORSE] L’escale studieuse de Gilles Simeoni à Poretta

[LA LETTRE – CCI DE CORSE] L’escale studieuse de Gilles Simeoni à Poretta

Le président du conseil exécutif de corse a coprésidé avec Jean Dominici une réunion d’échanges et de travail à l’aéroport de Bastia-Poretta le 21 septembre.

Au-delà des défis immenses à relever, deux principes majeurs ont été actés : à court terme, la prolongation des concessions portuaires et aéroportuaires et, à moyen terme, le rattachement statutaire de la ccI à la collectivité de corse.

Quelque part, le virus a inoculé dans les esprits une aspiration profonde au changement. c’est en tout cas la volonté exprimée par une grande majorité des entreprises soucieuses d’une économie corse plus équitable, plus solidaire, plus attentive à l’environnement, plus créatrice d’emplois, moins dépendante du monde extérieur. ce besoin irrépressible de prendre un nouveau cap ne s’éteindra pas avec la fin de la maladie. Mais celle-ci est encore bien présente, elle circule aussi vite que les mauvaises nouvelles, et avant même de bouleverser nos habitudes et regarder résolument vers des horizons nouveaux, il faut s’assurer que la bouée de sauvetage lancée pour maintenir l’activité saisonnière au-dessus de la ligne de flottaison – le tourisme et les transports en priorité – ne se dégonflera pas. Et pour cela, la CCI et la Collectivité de Corse unissent leur souffle. Elles ont manifesté ce souhait d’une seule et même voix à la faveur d’une longue réunion de travail qui s’est tenue lundi 21 septembre dans l’aérogare de Bastia- Poretta où les murs de l’étage n’avaient peut-être pas d’oreilles mais étaient tapissés des projets et des programmes, en cours, à venir ou attendus, relatifs aux infrastructures portuaires et aéroportuaires de l’île pour la réalisation desquels une partie significative des ressources financières émanera du PTIC, le Plan de transformation et d’investissements pour la corse. un document financier de développement stratégique que l’État a conçu pour prendre le relais du PEI qui touche à sa fin et mettre en œuvre en partenariat avec la collectivité au cours de la prochaine décennie.

« Chez nous, personne n’a baissé les bras »

« Mais d’autres opportunités de financement existent et vont se présenter », a assuré Jean Dominici en ouvrant les échanges avec Gilles Simeoni, qui s’est déclaré sensible au travail accompli par la ccI de corse et à l’ambition que porte l’institution consulaire pour continuer à insuffler une dynamique audacieuse à l’essor des concessions et, par voie de conséquence, à l’économie territoriale dans toutes ses composantes. Le site choisi pour recevoir le président du conseil exécutif de corse était idéal pour rappeler le soutien fort et immédiat proposé aux compagnies aériennes et maritimes pour sauver du mieux possible la saison estivale et même un peu au-delà.
c’est ainsi que 132 lignes aériennes et 22 lignes maritimes (hors service public) ont été recréées avec une enveloppe financière globale de 6,5 millions d’euros. À ce propos, Philippe Albertini, a tenu à saluer les équipes qui ont permis à l’ensemble des dix plateformes insulaires de fonctionner et de conserver une capacité opérationnelle intacte. Malgré le confinement, malgré les angoisses personnelles et collectives, malgré les incertitudes contagieuses du lendemain, « personne n’a baissé les bras » a déclaré avec une fierté à peine contenue et beaucoup de reconnaissance le directeur général de la chambre. En cela, au niveau national, la Corse fait figure d’exemple.
Et si le maritime a été financièrement moins aidé que l’aérien (1,5 million contre 5 millions), c’est que les risques étaient moins grands pour les armateurs et le marché plus étroit dans un paysage plus identifié tandis que l’aérien est, lui, beaucoup plus concurrentiel et piloté par des opérateurs nombreux qui, confrontés à une crise aussi brutale qu’inattendue, avaient le libre choix de leurs destinations.
Le regard circulaire qui embrasse l’ensemble des panneaux annonciateurs de l’avenir des concessions dévoile dans toute sa réalité la force de l’élan enclenché par la ccI de corse. Pour les quatre aéroports, les 52 investissements prévus représentent plus de 280 millions. Pour les ports, le montant global généré par les 19 fiches de grands travaux est proche des 295 millions sans intégrer le futur Portu novu. « Nous ne manquons ni d’idées ni d’ambitions pour l’amélioration et le développement des concessions et ce, malgré leur expiration dans quelques semaines. Le rendez-vous de ce renouvellement sans précédent est l’objectif le plus important de notre mandature, le plus sensible aussi sur les plans économique et social » a poursuivi Jean Dominici qui a tendu la main à son hôte en lui proposant de travailler ensemble aux évolutions économiques, statutaires et institutionnelles « qui permettront de stabiliser notre partenariat. »

Le rattachement va dans le sens de l’histoire

Gilles Simeoni a saisi la main tendue de manière, semble-t-il, sincère et confiante. Le président du Conseil exécutif de corse estime que le partenariat esquissé à Poretta doit entrer dans sa phase active dès le 1er janvier de l’année prochaine, lorsque le Plan de relance du gouvernement prendra effet avec sa promesse de territorialiser les aides et donc de les adapter au plus près des besoins et des attentes du terrain. « Nous savons l’ampleur de la tâche et des défis à relever » a-t-il déclaré en préambule en assurant l’auditoire qu’il a pleinement pris la mesure du travail et du dynamisme de la ccI de corse, ses dirigeants, son administration et ses équipes de terrain. Il circonscrit le champ des actions de court terme à trois enjeux qu’il qualifie de fondamentaux.
Le premier est celui sur lequel Jean Dominici lui a tendu la perche : la prolongation de la durée des concessions. En théorie, le contrat prend fin le 31 décembre prochain, c’est-à-dire demain, mais la crise sanitaire autorise légalement d’aller bien au-delà par simple reconduction. Pour la ccI de corse, le renouvellement doit être envisagé sur cinq ans ni plus ni moins. Elle prépare actuellement un argumentaire pour convaincre la puissance concédante du bien-fondé de sa requête. Les programmes de travaux engagés sur plusieurs années, la mise sur les rails des projets et les partenariats, durables pour être attractifs, passés avec les opérateurs de transports, se retrouveront au sommet de la pile des arguments. Si le président du Conseil exécutif n’a pas publiquement défini la durée du prolongement qu’il envisageait, appelée d’ailleurs à être validée, après avis de l’assemblée de corse, par l’état mais aussi par l’union européenne, il a entériné haut et fort une résolution attendue par la chambre depuis un moment : « La prolongation des concessions est un impératif économique et social. Le principe est acquis. Il faut s’atteler à la sécuriser juridiquement, y compris en ce qui concerne sa durée. »
Le deuxième enjeu fondamental, dans l’esprit de Gilles Simeoni, réside dans l’évolution statutaire inéluctable de la CCI de Corse et l’affranchissement de celle-ci du maillage consulaire national.
« Là encore, des écueils juridiques ne manqueront pas de se dresser sur le chemin, mais le scénario du rattachement à la Collectivité de Corse va dans le sens de l’histoire. »
Enfin, le troisième enjeu, qui hante déjà toutes les têtes depuis plusieurs mois, consiste à relever le défi dressé par le choc économique et social, extrêmement rude – ce sont les termes de l’Exécutif – asséné par la crise sanitaire avec la force incontrôlée d’une massue. « Il y a encore beaucoup à craindre pour les mois à venir » et il s’agit donc d’être doté de tous les instruments adaptés pour sauvegarder les emplois et réussir la relance sur la base d’une réforme de fond, perspective à laquelle, on l’a dit, les entreprises adhèrent.
Gilles Simeoni a observé attentivement les projets scandés par les murs blancs de la salle de réunion avec vue imprenable sur la piste d’envol pour remarquer, par un rapide calcul mental, que le niveau potentiel de l’investissement était bien supérieur aux 500 millions promis par l’état dans le cadre du PtIc, ce qui impliquait à la fois d’obtenir une rallonge du gouvernement et de hiérarchiser les priorités. C’est-à-dire qu’à la juxtaposition des projets et l’émiettement des crédits qui ne déboucheraient immanquablement que sur un sentiment délétère de frustration, il faudra absolument privilégier la politique du choix qui obéisse à une vision stratégique plus fine et plus cohérente.
bien sûr, Gilles Simeoni n’élude pas l’échéance électorale de mars prochain appelée à désigner une nouvelle majorité à l’assemblée de corse pour un mandat de six ans. « Mais d’ici là, mon engagement sera total. Vous pouvez compter sur moi pour poser les jalons des enjeux que j’ai évoqués tout à l’heure et engager la négociation avec l’État dont les mesures doivent être à la hauteur des grandes difficultés que nous traversons, qu’elles soient structurelles ou conjoncturelles. » Quel que soit le temps politique, la CdC, a-t-il conclu, a vocation à travailler main dans la main avec la ccI. Main dans la main. L’image est particulièrement éloquente car elle signifie que l’intérêt supérieur de la corse, de sa population et de son économie n’admet pas, au sens figuré du moins, de distanciation physique.

La « déconnexion » comme planche de salut

nous voilà arrivés au terme d’une saison que l’on aurait aimé voir se prolonger un peu plus, tel un bel été indien, dans l’espoir qu’elle apporterait du baume à des plaies économiques qui ne cautériseront pas de sitôt. Mais l’entêtement du virus et le classement estival en « zone rouge » ont eu raison de cet espoir.
Pourtant, certaines de ces blessures économiques profondes auraient pu s’avérer fatales sans une intervention décidée à la hâte comme le médecin au chevet d’un ami dont il veut coûte que coûte soulager la douleur. Pour la ccI de corse, au cœur de la période touristique, cet « ami » ce sont les socioprofessionnels pour lesquels il était essentiel d’amener du monde via les différents opérateurs de transports, par air et par mer. certes, au bout du compte, le bilan n’est pas réjouissant et Gilles Simeoni, comme toutes les personnes présentes, a pris note de chiffres qui n’incitaient pas à se tambouriner la poitrine de satisfaction…
Pour autant, ce dispositif d’assistance a permis à l’activité de ne pas sombrer. Mieux même. Sans lui, la situation aurait été bien pire.
Les statistiques le démontrent clairement. Le maritime d’abord. En 2019, l’ensemble des ports corses ont recensé un trafic de près de 4 millions de passagers. cette, année, la crise sanitaire aurait généré une baisse vertigineuse de 58 % sans le plan de reconnexion pour soutenir les compagnies maritimes lorsqu’elles ne naviguaient pas sous délégation de service public. Il aura permis de gagner environ 650 000 passagers, ce qui représente un rattrapage de 39 %. L’aérien ensuite. Du 1er janvier au 15 septembre, les quatre aéroports accusaient un déficit de plus de 1,6 millions
de passagers, soit une décrue brutale de 52 %, toujours hors obligations de service public. Le dispositif mis en place par la chambre régionale a ralenti de 5% le niveau d’effondrement et, au bout du compte, par rapport à 2019, 53 % du trafic a pu globalement être maintenu et près de 500 000 passagers attirés par notre destination. ce sursaut n’est pas anodin, tant s’en faut, et il renvoie aux propos laudateurs du directeur général de la ccI qui a salué la mobilisation des équipes sur toutes les plateformes pour qu’elles demeurent opérationnelles contre vents et marées.
Il suffisait de se reporter aux rapports synoptiques très clairs pour avoir les statistiques millimétrées et un état des lieux d’une précision mathématique chirurgicale. tour à tour, chacun a pu dresser dans ses grandes lignes le bilan qui concernait son champ de prédilection : Mado Guidicelli et Jean-Yves Battesti pour les ports, Chantal Bocquel et Laurent Poggi pour les aéroports. Le dénominateur commun entre les interventions est apparu de façon limpide : la saison n’a pas été bonne mais elle aurait pu être bien pire sans les aides incitatives apportées aux opérateurs. avec certaines compagnies aériennes, le partenariat se pérennisera jusqu’à au moins trois ans. compte tenu du contexte, ce n’est pas une mince performance.
Deux secteurs ont malgré tout souffert, laissant un arrière-goût d’impuissance. Le port de Bonifacio, en raison des liaisons très fortement perturbées avec la Sardaigne, et le marché des croisières à la dérive avec un recul de… 99 %.
Ce sont aussi ceux pour lesquels le rebond sera forcément le plus spectaculaire.

ARTICLE PARU DANS L’ÉDITION N°3 (OCTOBRE 2020) DE LA LETTRE – CCI DE CORSE

LA LETTRE N°3