[La Lettre] Rencontre avec le Directeur des Finances Publiques

[La Lettre] Rencontre avec le Directeur des Finances Publiques

Guetteur actif de la sortie de crise. 

Ludovic Robert a un accès quasi permanent à l’information économique et fiscale de cette période charnière post-crise. La détection des entreprises corses en difficulté, il en fait une mission sacrée pour les aider à surmonter les épreuves…

Si la crise sanitaire en Corse était un théâtre (plus ou moins subventionné) et les entreprises insulaires les acteurs qui arpentent (plus ou moins péniblement) ses planches, alors on pourrait dire de Ludovic Robert qu’il est installé aux toutes premières loges. Ainsi, il ne rate rien ou presque de cette dramaturgie sanitaire dont chacun espère qu’elle joue son dernier acte après beaucoup de … baisser de rideaux ! Cette scène économique, qui n’a pas été avare de rebondissements, l’élégant quadragénaire vosgien, originaire d’Épinal, ne la regarde pas de haut. Au contraire, il est au plus près des acteurs pour les guider et les soutenir. Le poste panoramique qu’il occupe, celui de directeur des finances publiques de la Haute-Corse, lui permet d’observer de son regard circulaire la situation et donc l’état de santé des entreprises, dans leur statut de contribuables, à travers un panel d’indicateurs qui clignotent quasiment en temps réel, la TVA, les déclarations de chiffre d’affaires, les impôts sur les sociétés, etc.

« En croisant les informations avec les organismes partenaires, Urssaf, Banque de France, préfets mais aussi en échangeant avec les chambres consulaires, nous avons une vision précise de la situation et de son évolution quasi quotidienne. Cette connaissance est primordiale dans le conseil à apporter et la mise en oeuvre des dispositifs d’aides pour traiter les commotions, soit de façon imminente soit par un accompagnement adapté sur un plus long terme. L’objectif recherché est de remettre sur pied les entreprises corses qui vont mal en leur proposant pour ce faire les meilleures conditions possibles… ».

Le CODEFI comme planche de salut

Ludovic Robert porte l’accent sur deux dispositifs qui répondent plutôt bien aux enjeux actuels de sortie de crise. Par le biais du premier, celui de la Commission des chefs de services financiers (CCSF), les entreprises (commerçants, artisans et même professions libérales et agriculteurs) confrontées à des difficultés financières conjoncturelles se voient accorder – en toute confidentialité – des délais de paiement de leurs dettes fiscales et sociales. « Selon les cas, les étalements s’effectuent sur 36 mois voire 48 mois si nécessaire. Les pénalités de retard peuvent être effacées et, en dernier recours, des exonérations partielles sont accordées. » Avec moins de cent dossiers traités par le prisme de ce dispositif, la Corse se situe dans la moyenne nationale basse. Le deuxième est un peu moins ancré dans le paysage mais il gagne à être connu. Placé sous l’autorité du préfet, le CODEFI, le Comité départemental d’examen des problèmes de financement des entreprises, s’adresse aux entreprises de moins de 250 salariés aux prises avec des difficultés d’ordre structurel, donc plus lourdes et plus caractérisées. Le CODEFI propose deux types d’aide. Soit le financement d’audits pour obtenir un diagnostic précis qui éclaire sur les bonnes décisions à prendre en matière d’équipements, de modernisation, de business plan, etc. ; soit le financement d’un plan de restructuration en mobilisant le FDES, le Fonds de Développement économique et social, une enveloppe communautaire qui ouvre la voie à des prêts importants assortis de conditions avantageuses. « Le CODEFI est encore trop peu sollicité en Corse et il est particulièrement opportun qu’un partenaire tel que la CCI de Corse puisse relayer l’information. » Mais, précision importante, quelle que soit l’alternative, l’audit octroyé par la CCSF qui valide les hypothèses de redressement ou l’aide financière via le CODEFI comme planche de salut, l’entreprise bénéficiaire ne doit pas être en phase inéluctable et irréversible de dépôt de bilan.

La situation est compliquée mais pas désespérée comme tient à rassurer le directeur départemental des Finances publiques. « Globalement, la Corse, grâce aux efforts conjugués de l’État, de la Collectivité de Corse et de la CCI de Corse, a plutôt bien traversé la crise. Mais nous continuons tous à être vigilants. Si les indicateurs sont encourageants, il n’est pas question de baisser la garde, et le rôle de détection auquel nous tenons prioritairement parce qu’il nous permet d’aller au-devant des entreprises en difficulté demeure essentiel… »

Ce rôle essentiel, le haut fonctionnaire lorrain veut continuer à le tenir durablement en Corse au coeur des services de l’État.

Il le fait en affichant un moral d’acier et une volonté de fer. Rien de plus normal, la personnalité de Ludovic Robert a été façonnée à l’argile d’une terre historique de la sidérurgie…

"Manifestez-vous !"

C’est l’appel lancé par Ludovic Robert aux entreprises qui auraient encore à souffrir des séquelles de la crise après le coup de sifflet final du « Quoiqu’il en coûte ». Le gouvernement ne leur tourne pas le dos. Au contraire, il installe dans tous les départements de France, un « Comité de sortie de crise » dont la mission est d’organiser la détection et l’accompagnement des entreprises en état de fragi-lités financières pour les orienter vers les dispositifs les plus efficaces et les mieux adaptés à leur situation. « Elles peuvent se manifester mais lorsque nous les détectons, nous ne les attendons pas, nous allons sur le terrain à leur rencontre. » 

Déjà, l’État a mis en place un numéro unique dédié pour les informer sur les procédures d’accompagnement et les guider, le cas échéant, vers les aides d’urgence : 0806 000 245.

Par ailleurs, chaque « Comité de sortie de crise » a un référent local unique. En l’occurrence, il s’agit de Pascale Hoarau pour la Haute-Corse (tél : 04 95 32 81 29) et Marie Geronimi pour la Corse-du-Sud (tél : 04 95 51 95 19).