[La Lettre] Innovation aérienne

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Une « première nationale » pour Ajaccio

L’aéroport Napoléon-Bonaparte est le premier en France à expérimenter une nouvelle procédure d’approche par guidage satellitaire. Elle rend l’accès plus précis, plus sûr, moins polluant et moins sujet au déroutement en cas de mauvaise météo…

La Corse du transport aérien prend encore un peu plus d’altitude dans le domaine de l’innovation. Ainsi, l’aéroport Napoléon-Bonaparte d’Ajaccio sera le premier aéroport de France à proposer aux compagnies certifiées une procédure d’approche basée sur l’utilisation des satellites. Cette procédure, qui va changer la donne pour les opérateurs desservant la Corse, a pour sigle international « RNPAR » qui signifie en bon français : « Qualité de navigation requise à l’autorisation obligatoire ».

L’appellation suscite une impression positive mais ne rend pas justice aux progrès accomplis dans trois domaines essentiels : la sécurité, en offrant aux pilotes un guidage satellitaire d’une grande précision ; l’environnement, en proposant une trajectoire grâce à laquelle on réduit les nuisances sonores et la pollution de l’air ; la gestion du trafic, en assurant un accès sécurisé à l’aérodrome même lorsque la visibilité est faible.

LA CCI DE CORSE FORTEMENT IMPLIQUÉE

Bien que les méthodes de navigation aient énormément progressé ces dernières décennies, l’ère des satellites provoque un bond en avant exceptionnel. « Pour la navigation aérienne, le positionnement par satellite, assimilable à un GPS tridimensionnel, a tout détrôné » assure Laurent Poggi, directeur des concessions aéroportuaires de Corse-du-Sud. Ces approches d’un type nouveau, plus précises que les approches conventionnelles, ont des avantages opérationnels et sécuritaires importants. Mais si cette innovation est appelée à se généraliser, elle ne signifie pas que la procédure classique serait moins fiable. La différence fondamentale vient du fait qu’elle s’adresse aux plateformes situées dans un environnement très contraint en termes de relief et l’aéroport d’Ajaccio en fait partie. 

C’est ainsi que dans le cadre du projet européen RISE, qui promeut les procédures d’approche spécifiques (mer, montagne, obstacles divers), Ajaccio a été un des rares sites européens sélectionnés. Toujours réactive quand il s’agit d’innovation, la CCI de Corse s’est fortement impliquée dans cette expérimentation réalisée par l’organisme de contrôle aérien d’Ajaccio, en collaboration avec plusieurs compagnies aériennes, Air Corsica en tête. 

LE SPECTRE DES DÉROUTEMENTS EXORCISÉ 

On comprend mieux l’intérêt porté par les opérateurs lorsqu’on égrène les bénéfices des approches par guidage satellitaire, trajectoires raccourcies (qui évitent les zones habitées), plus précises (de l’ordre de 0,3 mile nautique), durées de vol réduites en même temps que l’empreinte carbone. Par ailleurs, les déroutements inéluctables en cas de mauvaise météo, sont bannis sauf dans l’hypothèse où le pilote le décide par précaution car il demeure le seul maître à bord. Or, un déroutement en moins, c’est un gain sur le temps de vol et sur le carburant, et moins de galères pour les passagers à réacheminer. 

L’éligibilité à l’approche dite « RNPAR » implique des appareils spécialement équipés et la certification de la DGAC, la direction générale de l’aviation civile. C’est le cas d’Air France, de plusieurs compagnies low-cost mais aussi et surtout d’Air Corsica pour ses A320 de dernière génération ainsi que pour ses futurs ATR. 

Si l’aéroport d’Ajaccio est précurseur dans ce domaine, beaucoup d’autres plateformes seront concernées à court et moyen termes y compris dans l’île. 

Etudes en piste pour Calvi Sainte-Catherine

L’aéroport Sainte-Catherine de Calvi est déjà sur les rangs pour adopter cette procédure d’approche. La CCI de Corse a pris l’initiative de mandater deux bureaux d’études (pour un montant de 

70 000 euros) pour explorer la faisabilité d’une nouvelle trajectoire d’accès qui passerait par le col de Marsulinu avant l’atterrissage sur la piste 36 (voir illustration). L’objectif est de ne plus exposer les appareils au vent violent en suivant un nouveau tracé plus à l’ouest. Un tracé pour lequel les conclusions des experts sont attendues dans les prochaines semaines mais que l’approche par guidage satellitaire rend potentiellement envisageable. « Le développement du trafic aérien pour la région de Balagne dépend de l’amélioration de l’accessibilité de son aéroport » argumente Pierre-François Novella, le nouveau directeur des aéroports de la Haute-Corse. 

En étroite coordination avec le service de la navigation aérienne, la nouvelle trajectoire sera bientôt testée sur un simulateur de vol Airbus, probablement dans le courant de ce premier trimestre. 

Si les études sont convaincantes et le test probant, ce sera une embellie pour cet aéroport familier des déroutements et, lorsque la tempête sévit, des remises de gaz et des survols qui perturbent l’ensemble du trafic par effet domino. 

 

ARTICLE PARU DANS L’ÉDITION N°17  (JANVIER 2022) DE LA LETTRE – CCI DE CORSE 

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