Revue de presse

[CORSE NET INFOS] La Loi des finances 2020 expliquée aux ressortissants de la CCI de Corse

Jean-Pierre Cossin, Conseiller maître à la Cour des Comptes, professeur associé à l’Université de Paris 12, a animé vendredi, dans les locaux de la chambre de commerce et d’industrie de la Corse à Bastia, une réunion de présentation de la loi des finances 2020 destinée à ses ressortissants, professionnels, partenaires et chefs d’entreprises. En savoir +

[CORSE-MATIN] « Sans la concession des ports et aéroports, il n’y a plus de CCI »

Jusqu’ici président de la CCI de Bastia et de Haute Corse, Jean Dominici a été élu hier, à Ajaccio, président de la CCI de Corse, par 30 voix, soit l’ensemble des suffrages exprimés. / PHOTOS EMILIE RAGUZ

 

Tout juste élu président de la chambre de commerce et d’industrie de Corse, nouvelle entité née de la fusion des trois chambres consulaires, Jean Dominici souhaite un rattachement rapide à la collectivité de Corse.

Vous venez d’être élu à la présidence de la chambre de commerce et d’industrie de Corse. Pourquoi le premier président de cette entité, née de la fusion des trois chambres consulaires, est-il celui de Haute-Corse ?

Cela a été décidé d’un commun accord avec le président de la CCI du Sud, Paul Marcaggi, et celui de la CCI régionale, François Nicolai et moi-même. Tout fonctionne bien.

Les deux chambres, celle de Haute-Corse et celle du Sud ont des passés différents, compliqué pour celle du Sud qui, en 2017, a fait l’objet d’une enquête préliminaire qui s’est soldée par un non-lieu.

La fusion est-elle délicate à mettre en œuvre entre ces deux entités ?

Non, pas du tout. Les deux chambres ont peut-être un passé différent mais depuis le 1er janvier, nous sommes entrés dans une nouvelle vie. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons souhaité créer une CCI de Corse. Nous travaillons très bien ensemble depuis quelques mois pour créer cette nouvelle entité. Nous allons prendre ce qui est bon en Corse-du-Sud et ce qui est bon en Haute-Corse. Les deux chambres ont, en leur sein, des gens très compétents.

Concrètement à quoi sert une chambre de commerce et d’industrie ?

Essentiellement, ici en Corse, à gérer les ports et aéroports et les instituts consulaires. Cela représente 750 employés.

Il a été récemment beaucoup question de ces concessions avec le passage de la tempête Fabien, notamment de l’aéroport d’Ajaccio resté fermé une semaine. Quel sera votre axe de travail sur cette question ?

Je tiens à dire que nos collaborateurs ont très bien travaillé au moment de la tempête. Le travail d’Air Corsica a été médiatisé mais les employés de la CCI ont fait ce qu’il fallait pour favoriser le travail de la compagnie aérienne. Et nous allons tout mettre en œuvre pour que ce qui s’est produit le mois dernier ne se reproduise plus. Il n’est pas normal qu’un aéroport international soit contraint de fermer ses portes pendant une semaine.


La CCI de Corse est née le 1er janvier de la fusion des deux chambres départementales.

Quel est le plus gros défi de cette nouvelle chambre de commerce et d’industrie de Corse ?

Pour nous, clairement, notre objectif est de garder la gestion des ports et des aéroports. Sinon, la chambre de commerce et d’industrie disparaîtra. CCI France nous demande de récupérer des ressources extérieures, de facturer nos ressortissants sur les conseils que nous leur donnons. Et ça, en Corse, nous ne savons pas faire. Nous voulons bien aider nos ressortissants mais nous ne voulons pas les faire payer. Les concessions portuaires et aéroportuaires représentent la majeure partie de notre source de revenus. Si nous les perdons, nous n’aurons plus moyen de nous financer et de faire vivre nos 750 employés.

Existe-t-il un risque que vous perdiez ces concessions ?

Oui. À titre d’exemple, la chambre de commerce et d’industrie de Marseille, alliée à un groupe de BTP , a récupéré la concession de l’aéroport de Lille. Un groupe chinois a repris l’aéroport de Nice…Comme ailleurs, les concessions pourraient nous échapper par le biais des appels d’offres que lance la collectivité de Corse en tant que propriétaire des ports et aéroports.

C’est, entre autres, pour cette raison que vous prônez la mise sous tutelle de la CCI de Corse à la collectivité de Corse ?

Oui, nous espérons qu’en étant demain un organisme de la CdC, nous pourrons ainsi nous affranchir de l’appel d’offres.

À quel moment ce rattachement à la collectivité de Corse pourra-t-il s’opérer ?

Le plus rapidement possible !

L’État y est favorable, le président du conseil exécutif aussi. Je ne vois pas ce qui pourrait nous empêcher d’arriver dans les meilleurs délais à ce rattachement.

Quel port souhaitez-vous pour Bastia ?

Notre priorité, c’est le grand port. Aujourd’hui, nous avons une capacité à recevoir des bateaux qui ne dépassent pas les 140 mètres, or tous les bateaux aujourd’hui dépassent cette taille. Si demain un accident survenait, nous serions contraints de fermer le port.

Gilles Simeoni a proposé une solution, plusieurs études sont en cours, nous adopterons la meilleure des solutions. Quoi qu’il en soit, il faut que ce port soit réalisé le plus rapidement possible.

Comment se portent les finances de la nouvelle chambre de commerce et d’industrie de Corse ?

Nos finances sont saines. La nouvelle CCI aura un budget global de 200 millions d’euros. Mais encore une fois, si nous perdons la gestion des ports et aéroports, nous n’aurons plus de ressources…

La fusion des chambres va-t-elle entraîner une restructuration de la masse salariale ?

Il n’y aura pas de licenciement, pas de départ à la retraite anticipé. La chambre de Corse-du-Sud et celle de Haute-Corse sont certainement les chambres de commerce les mieux structurées de France en termes de personnel. Aujourd’hui, à l’échelle nationale, on compte plus de 7 000 suppressions emplois dans les CCI. Ici, nous n’en déplorerons aucune.

La redynamisation des centres-villes est-elle également dans vos préoccupations ?

Oui, bien sûr. Sur Ajaccio, ce sera l’une des missions confiées à Paul Marcaggi qui reste, à titre consultatif, président de la chambre du Sud, jusqu’à la prochaine échéance électorale, en 2021. Nous allons également nous atteler à cette question à Bastia.

Le Sud et la Haute-Corse partagent-elles les mêmes réalités économiques ?

Oui, je pense que la dynamique est identique. Autrefois, le Sud avait un peu de retard, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Il n’y a désormais plus de Corse-du-Sud ou de Haute-Corse. On parle désormais de la Corse.

Quel regard portez-vous en tant que président de la chambre de commerce et d’industrie sur l’économie insulaire ?

Nous avons compté un peu moins de touristes cette année. Il ne faut pas perdre de vue que le tourisme est l’activité principale. Nous allons faire en sorte d’améliorer cela. Mais de façon générale, l’économie n’est pas si mauvaise que ça. Beaucoup de gens travaillent bien.

La CCI et l’Adec ont récemment annoncé des prêts à taux 0 pour des entreprises de moins de 11 salariés. Les PME corses se portent-elles bien ?

Nous nous sommes rendu compte que les entreprises corses ont tendance à beaucoup trop se servir de leurs fonds propres. Avec cette mesure qui leur permet d’obtenir jusqu’à 50 000 euros en cinq ans, ils pourront garder leurs fonds.

Quelles sont vos relations avec l’État ?

La préfète de Corse, Josiane Chevalier, tout comme Gilles Simeoni, étaient présents aujourd’hui pour cette assemblée générale extraordinaire. Nos relations sont bonnes avec l’un comme avec l’autre.

Josiane Chevalier a évoqué le rapprochement de la chambre de commerce et d’industrie avec les chambres de métiers et de l’artisanat. Le souhaitez-vous ?

Ce rapprochement est prévu, nous l’espérons dans les mois à venir. Il est logique puisque nombre de ressortissants sont dans les deux chambres.

PROPOS RECUEILLIS PAR C.M.

REPÈRES

Né en 1954, Jean Dominici, dirige plusieurs entreprises, en Corse et sur le continent. (Continental auto location, Europcar, Audit, Volkswagen). Elles comptent environ 450 employés. Jean Dominici est membre du consortium Corsica maritima, actionnaire de notre titre.

21 000 RESSORTISSANTS, 45 000 EMPLOIS

La CCI de Corse représente plus de 21 000 ressortissants (entreprises, 10 000 dans le Sud, 11 000 en Haute-Corse), et près de 45 000 emplois dans l’île en 2016, selon les chiffres des chambres consulaires. Première mission de la CCI : « Répondre aux besoins des entreprises » sur leur territoire.

Son action s’inscrit en suivant les trois principaux documents cadres que sont le contrat plan État-région 2015-2020, le Plan d’aménagement et de développement durable de la Corse (Padduc) et le Schéma de développement économique, d’innovation et d’internationalisation (SRDE2I) de la Corse.

SOUS LA TUTELLE DE LA CDC

Le transfert de la tutelle de l’Etat vers la collectivité de Corse constitue un article de la loi Pacte. Une étude de faisabilité menée conjointement par la collectivité de Corse, l’État et les chambres consulaires pour proposer un diagnostic, un audit et une assistance est en cours et devrait en principe aboutir d’ici mai 2020.

[CORSE NET INFOS] Jean Dominici élu à la présidence de la nouvelle chambre régionale de commerce et d’industrie de Corse

La nouvelle chambre régionale de commerce et d’industrie de Corse a été portée sur les fonts baptismaux lundi matin 13 Janvier à Ajaccio. Ses membres ont élu leur président en milieu de matinée à Ajaccio. Sans surprise c’est Jean Dominici, unique candidat qui prend la tête de la toute nouvelle institution consulaire fusionnée depuis le 1er janvier.

30 voix sur 30. Jean Dominici a fait l’unanimité ce lundi matin au Palais des congrès d’Ajaccio. L’ancien président de la CCI de Haute-Corse devient le 1er président de la nouvelle Chambre de commerce et d’industrie de la Corse.  Un nouveau président donc pour une nouvelle institution.

En effet, depuis le 1er janvier, les 3 institutions consulaires ont fusionné. Volonté de la loi Pacte adoptée en mai 2019 et portée par le ministère de l’Économie, cette loi officialise la disparition des chambres départementales.

Jean Dominici succède ainsi à Don-François Nicolai qui assurait la présidence depuis décembre 2016. Un mandat qui aura vu la mise en place de la nouvelle formule de la chambre dont le siège reste à Bastia.  Paul Marcaggi, président d’une CCI de Corse-du-Sud qui vient de disparaître, devient quant à lui représentant du Conseil Économique Social et Culturel de Corse.

85 % des activités, budgets et effectifs, sont liés à la gestion des concessions portuaires et aéroportuaires. Des concessions qui arrivent à échéance d’ici fin 2020.  C’est à l’occasion de ce renouvèlement de concession que la Collectivité de Corse devrait entrer dans la convention. Le grand chantier en cours porte, en effet,  sur la possibilité d’un changement de tutelle.

La CCI, actuellement sous l’égide de l’État, pourrait devenir une entité de la Collectivité de Corse. Une convention tripartite éventuelle sur laquelle le président de l’Exécutif Gilles Simeoni est revenu ce matin.  »La possibilité d’une tutelle de l’Assemblée est une évolution cohérente. Elle s’inscrit dans la logique globale de l’évolution institutionnelle et d’autonomie de la Corse dans laquelle nous avons vocation à exercer le plus de compétences possibles. » 

Une intention de la majorité qui n’avait pas fait l’unanimité dans l’hémicycle lors de son évocation en octobre 2018.

Un audit financier va être réalisé d’ici fin janvier. Pour la préfète de Corse, chaleureusement remercié par le président de l’Exécutif pour son soutien dans le processus de changement tutélaire,  » La volonté de l’Etat est tout d’abord de dynamiser l’économie insulaire avec une union aux bénéfices des entreprises corses. »

Les syndicats restent attentifs

Une superstructure forte de milliers d’employés qui ne devrait pas voir sa masse salariale baisser selon la direction. Pour Dominique Leonelli, représentant Unsa transports Corse, il n’y a pour le moment pas lieu de s’inquiéter. Les ports et aéroports devront tout de même harmoniser les différents accords d’entreprises.  Même si les conventions collectives protègent les employés,  les syndicats resteront vigilants sur cette ré harmonisation. Une réunion devait se tenir dans l’après-midi avec notamment le directeur général de Bastia, Philippe Albertini.

Cathy Cuttoli

Voir l’article sur le site de Corse Net Infos

[CORSE-MATIN] Prêt à taux zéro : 24 millions d’euros pour les TPE et PME

Une décennie qui commence bien ! ». Les différents partenaires* réunis hier au palais des congrès d’Ajaccio se réjouissaient de pouvoir l’annoncer : un fonds d’intervention « investissement et développement », d’un montant de 24 millions d’euros, a été débloqué pour les deux années à venir en faveur des TPE et PME (très petites, petites et moyennes entreprises) de Corse.En savoir +

[CORSE-MATIN] CCI, une page se tourne. Un chapitre reste à écrire

Ce 1er janvier 2020, les trois chambres de commerce et d’industrie de la Corse ne feront plus qu’une. Une évolution historique qui a reçu la bénédiction du gouvernement. L’occasion de se remémorer ce que fut la CCI 2B au fil du temps, des hommes et des épreuves…
Le 1 er janvier donc, les trois institutions consulaires seront réunies en un établissement public unique pour répondre, assurent les promoteurs du projet, à un impératif d’union politique et administrative, de gestion cohérente des équipements de transport concédés par la collectivité de Corse et de mutualisation des moyens.

Un choix historique pris dans un environnement économique dont les difficultés, structurelles et conjoncturelles, ne datent pas d’hier : éloignement géographique, marchés aussi étroits que le réseau routier, défaut d’attractivité suffisante pour les entreprises, accès limité aux nouvelles technologies de l’information. Pour l’ensemble des élus consulaires, c’est l’organisation la plus adaptée à la taille du territoire et à tous ces handicaps auxquels sont venues se greffer, ces dernières années, les coupes claires opérées par le gouvernement dans les fonds propres des organismes consulaires (700 000 euros pour le seul réseau insulaire cette année).

La nouvelle CCI de Corse adossera son maillage territorial à deux CCI locales, à Bastia et Ajaccio. Un format taillé, dit-on, pour être musclé et offensif. « L’avenir, c’est l’union des forces », déclarait récemment dans nos colonnes Jean Dominici, président consulaire 2B en sursis, certes, mais pressenti pour prendre les rênes de la nouvelle entité.

❚ UNE NOUVELLE CULTURE UNITAIRE

La CCI de Corse s’inscrit dans le droit fil de l’évolution institutionnelle et de l’avènement d’une collectivité territoriale unique. Le principe d’un rattachement de la première à la seconde est acquis. Un transfert qui fera l’objet d’une étude approfondie avant d’être entériné par le Parlement après avis de l’Assemblée de Corse. On assure aussi que ce nouveau schéma ne portera aucun préjudice à la proximité indissociable de la réussite des actions qui seront menées sur le terrain en faveur des 21 000 ressortissants. « Que la représentation élue des entreprises parle désormais d’une seule voix est une exigence absolue, dit encore Jean Dominici. S’agissant des ports et aéroports, l’approche unitaire permettra d’harmoniser les systèmes d’information, d’améliorer la gestion des trafics et de maintenir un haut niveau de sûreté. »

La CCI de Bastia et de la Haute-Corse cessera donc d’exister telle qu’elle a été pendant précisément 176 ans, 10 mois et 10 jours.

Lorsqu’un aussi gros chapitre de l’histoire se referme, on pose un ultime regard sur le passé avant de se tourner résolument vers l’avenir. Un passé riche sur les plans économique et humain, mouvementé, traversé de périodes fastes et d’épreuves.

Le palais consulaire de Bastia constitue un des fleurons architecturaux de la cité. La présence de Vulcain et de Mercure sur sa belle façade grise qui fait face à la mer évoque les mythes de l’Antiquité et le Phénix qui renaît toujours de ses cendres. C’est le premier des sentiments ressentis lors-qu’on feuillette les pages qui rappellent que les défis d’an-tan n’étaient certainement pas moins périlleux à relever que ceux de demain.

❚ « L’INDUSTRIE EST ENCORE DANS SON ENFANCE »

La chambre de Bastia est une vénérable institution. Elle est l’héritière de la Chambre consultative de manufactures, fabriques, arts et métiers créée par un décret du 12 Germinal an XI (2 avril 1803) qui comptait parmi ses membres des notables plus ou moins oubliés qui avaient pour nom Pierre Giordani, Noël Gregori, Jean-Baptiste Rinesi…

À l’époque, la Corse exporte ses vins d’apéritif, du cédrat, du bois, du fromage de chèvre et de brebis et quelques produits de la pêche et de la chasse. La rentrée importante de devises provenait de ceux qu’on désignait par « Américains », ces Corses partis faire fortune aux Antilles, au Venezuela et dans toute l’Amérique centrale, aux États-Unis, et rentrés au pays. De l’argent qui permettait d’importer des produits alimentaires de base, farine, viande, huile, etc.

Puis, c’est une longue traversée du désert qui prend fin avec un courrier du sous-préfet de Bastia en date du 26 septembre 1821. Ce dernier sollicite sa réactivation dans un territoire, dit-il, « où l’industrie est encore dans son enfance et où elle aurait besoin d’un encouragement particulier ».

Le choix de Bastia comme siège s’impose naturellement. Les premières frictions sont constatées lorsqu’en 1826, le préfet doit remplacer les négociants récalcitrants au renouvellement de leur collège…

Il faut attendre 1843 pour qu’une chambre de commerce, telle qu’elle perdurera, soit créée à Bastia, la ville étant qualifiée par le président du tribunal de commerce « d’entrepôt général de la Corse qui surpasse toutes les autres cités par sa population maritime, ses bâtiments de commerce et ses recettes douanières. L’industrie, elle-même, a aussi de grandes chances d’avenir. Des forges s’y établiraient à coup sûr, la fabrique de soie s’y développe, les marbres et granits que possède la Corse pourraient être exploités et les échanges entre la France et l’Italie constitueraient pour notre île une ère nouvelle de prospérité. »

❚ PREMIERS VOLS COMMERCIAUX EN 1947

La chambre de commerce de Bastia est officiellement créée par ordonnance royale du 22 février 1843 et s’installe au palais de justice. Composée de 48 membres, l’assemblée électorale désigne son bureau et son premier président, Louis Bertarelli. Sa vocation demeurera régionale jusqu’à la création de la chambre de commerce d’Ajaccio en 1899.

En 1860, elle est dissoute par le sous-préfet dont le favoritisme à l’égard de certains négociants au moment de la révision de la liste est mis publiquement en cause par le président Joseph Valery.

Depuis la loi du 19 février 1908, les membres sont élus au suffrage universel. Avec le décret du 22 décembre 1972, la chambre compte 24 membres élus dans les catégories commerce, industrie et services. Les ressources du port sont assurées par les péages sur les passagers et les marchandises, celles des aéroports par les taxes d’atterrissage et de stationnement des aéronefs.

La desserte commerciale avait commencé en 1947 avec les Dewoitine 138 de la compagnie Air France qui atterrissent sur une piste en terre. Dix ans plus tard, le bilan comptable de la chambre consulaire fait apparaître une recette de 11 millions de francs de taxes d’atterrissage à Poretta et de 6 millions à Calvi-Sainte-Catherine.

❚ AU CŒUR DE LA RENAISSANCE ÉCONOMIQUE

La date d’inauguration du nouvel hôtel à l’emplacement actuel est inconnue, les archives centenaires ont été ensevelies sous les décombres des bombardements de 1943. Mais la chambre de commerce de Bastia, dont le port avait été la cible privilégiée de l’ennemi, jouera un rôle déterminant dans la réparation des dommages de guerre et la résurrection de l’économie car, au lendemain de la Libération, la situation est catastrophique : aux immenses dégâts matériels s’ajoute la pénurie des matières premières.

D’emblée, la préfecture la charge de la répartition de l’essence et des pneumatiques aux commerçants. Mais plus important, il faut faire renaître l’esprit d’entreprise. Le renouveau passe par la reconstruction du port fortement sinistré : jetée Saint-Nicolas démolie, quais délabrés et innombrables épaves gisant dans son bassin. Il s’agit aussi de reconstituer son outillage, les grues sont à terre, l’éclairage et la distribution d’eau ne sont plus opérationnels, la moitié du réseau ferré n’existe plus, les hangars sont à reconstruire. Vingt-cinq millions de francs sont investis dans la modernisation des installations. Les chantiers progressent lentement. En 1963, plusieurs quais ne sont pas reconstruits. D’ailleurs, aussitôt les travaux achevés, la chambre de commerce envisage l’extension du port – une histoire sans fin – et une gare maritime, et met en œuvre l’édification d’un chai à vin et de silos à ciment toujours en fonction.

Le 22 janvier 1968, le président Pierre Biancarelli, dans son discours d’installation, se réjouit « de l’achèvement du môle à car-ferries et du parking de mille places ».

Quant au palais consulaire, il fera lui-même l’objet d’une reconstruction annoncée en avril 1946 par François Billoux, ministre de l’Urbanisme en visite en Corse. Des travaux retardés pour des querelles entre les entreprises et les Ponts et Chaussées mais aussi par des débats internes interminables pour savoir si le grand escalier doit être en marbre ou en bois…

❚ CHOC PÉTROLIER ET SERVICE PUBLIC DU TRANSPORT

C’est en tout cas à l’étage que le président François Luigi dira solennellement, en 1950, que la production corse « ne peut être et ne peut que demeurer artisanale » et suggère la création d’un label de qualité. Dans la foulée, il se battra pour la sauvegarde des arrêtés Miot qui subit leurs premières restrictions. En 1957, il participe à la constitution de la Somivac pour la mise en valeur des terres agricoles et de la Setco axée sur le tourisme, construction d’hôtels, aménagement des sites et du réseau routier. Les années 70 seront éprouvantes, crise internationale du capital, choc pétrolier mais aussi les événements d’Aleria qui font fuir les touristes. Les investissements sont au point mort et le BTP souffre en raison de la chute vertigineuse des permis de construire. Contre vents et marées, la chambre continuera à développer ses infrastructures de transport, à créer des zones d’activités commerciales et à soutenir la formation des jeunes. Sous l’impulsion de Jean Lançon, l’Assemblée vote à l’unanimité en faveur de la bidépartementalisation au motif qu’elle valorisera Bastia et le nord de l’île à compter du 1er janvier 1976. C’est aussi à cette période que les transports Corse-Continent sont reconnus comme un service public subventionné par l’État. Mais les prix à la consommation ne baisseront pas…

En 1993, sous le règne de Paul Natali, l’institution célèbre ses 150 ans. Dans une publication commémorative, le vice-président Camille Luciani se projette sur l’avenir : « La chambre de commerce et d’industrie de Bastia et de la Haute-Corse interviendra à la pleine mesure de ses moyens pour que la Corse soit dotée d’un statut fiscal spécifique adapté à ses besoins, permettant aux agents économiques de l’île, population et entreprises confondues, de vivre et de travailler à égalité de chances avec le reste de la communauté nationale. » Les vœux pieux sont très résistants.

JEAN-MARC RAFFAELLI

LES CHIFFRES

35 508
Le nombre de passagers du port de Bastia en 1946.

140 000
Le nombre de tonnes de marchandises qui transitent par le port en 1952.

64 596
Ce sera très précisément le nombre de jours d’existence de la chambre de commerce de Bastia et de la Haute-Corse à la date de demain, jour de sa disparition par fusion avec les autres chambres.

Dans le marbre…

Dans le hall du palais consulaire, les présidents sont gravés dans le marbre.

  • Louis Bertarelli (1843-1847)
  • François Lota (1848-1851)
  • Antoine Pierangeli (1851-1852)
  • Jacques Gregorj (1853-1859)
  • Joseph Valery (1859-1877)
  • Sébastien Gregorj (1878-1886)
  • Jean-Jacques Ajaccio (1887-1906)
  • Dominique Thiers (1907-1910)
  • Philippe de Suzzoni (1911-1916)
  • Gaston Fantauzzi (1917-1928)
  • Joseph Gregorj (1929-1931)
  • Louis Gentili (1932-1938)
  • Louis Orenga (1939-1945)
  • Antoine Damiani (1946-1955)
  • François-Marie Luigi (1956-1959)
  • Robert Pelissier (1959-1967)
  • Pierre Biancarelli (1968-1970)
  • Jean Lançon (1971-1983)
  • Charles Ottaviani (1983-1985)
  • Paul Natali (1986-1999)
  • Jean Femenia (1999-2008)
  • Paul Trojani (2008-2016)
  • Jean Dominici (depuis 2016)

Paul Natali : « Si on s’en donne les moyens, tout est possible »

Quand les gens le croisent à Borgo ou ailleurs, on l’appelle toujours respectueusement « Président ». Un titre que cet autodidacte âgé aujourd’hui de 86 ans n’a pas usurpé.

Sur le plan professionnel, Paul Natali a longtemps été à la tête d’une des plus puissantes entreprises du BTP de Corse après avoir commencé le métier comme modeste conducteur d’engins de chantier.

En sa qualité de président du Sporting, il a écrit les plus belles pages du Livre d’or des Bleus, celles de l’épopée européenne 77/78, d’autant plus précieuses dans la mémoire des supporters que le club a été brutalement déclassé.

Membre influent de la famille libérale, il a accompli plusieurs mandats politiques, conseiller général du canton de Borgo, président du conseil général du département de 1992 à 1998, celui de la reconstruction du bâtiment avec son impressionnante coupole, puis, jusqu’en 2005, sénateur de la Haute-Corse, membre de la commission économique.

L’homme des grands travaux

L’économie, c’est son domaine de prédilection et si nous l’avons rencontré pour partager ce regard porté sur le passé de la CCI 2B, c’est qu’il en a assumé la présidence pendant près de quatorze ans. Entouré d’un solide pool d’entrepreneurs, parmi lesquels Jean-Jacques Nicolaï, Jean-Dominique de Gentili et Vincent Ponzevera.

C’est probablement sous son ère qu’ont été réalisés les plus gros investissements bien qu’il ait fallu traverser la tempête sociale de 1989 encore gravée dans toutes les mémoires – et pas seulement celles des syndicalistes – pour son retentissement national.

« À l’époque, nous n’avions pas de subventions publiques, mais nous avions réussi à capter des crédits de l’Europe sur la base de dossiers solides d’investissements, et j’avais enjoint le groupe Corsica Ferries de Pascal Lota de s’acquitter de la taxe relative au transport maritime international. Grâce à une équipe consulaire forte et soudée, le budget a été géré efficacement et nous avons contribué à donner un nouveau souffle à l’économie de Bastia et de tout le département, notamment en sauvant de nombreuses entreprises menacées de faillite. »

Parmi toutes les opérations, il évoque de grands travaux au port de commerce de Bastia et à l’aéroport de Poretta, l’extension du palais consulaire, la création de la Foire de Bastia, la création de l’Institut méditerranéen de formation à Borgo et des zones d’activités dans la région bastiaise.

Au début des années 90, il a été dans le collimateur des pouvoirs publics. Le ministre délégué au Budget, Michel Charasse, avait dépêché une inspection générale en mode commando suivie de perquisitions. « Dans ma vie, j’ai été confronté à des procédures judiciaires. Celle-là a été la plus spectaculaire et la plus médiatique mais elle n’avait débouché sur rien. En tant que président de la chambre, je n’ai jamais touché un centime d’indemnité. J’ai toujours affronté les épreuves avec une sérénité inébranlable. »

Paul Natali voit se profiler la fusion sans nostalgie particulière. « Le défi de cette régionalisation est de trouver le meilleur équilibre entre le Nord et le Sud au niveau de l’organisation et de l’investissement. Il faut compenser la perte de ressources par la recherche d’efficacité dans les actions. Si on s’en donne les moyens, tout est possible en matière économique, y compris construire un nouveau port car l’actuel est arrivé à saturation en termes de capacité d’accueil et de sécurité. La Corse a tous les atouts d’un modèle économique vertueux pour être une destination toute l’année et en matière d’innovation. Je sais par expérience que dans les moments difficiles, on sait se serrer les coudes et faire preuve d’imagination. La performance est toujours question de confiance et de détermination. »

Paul Natali sait de quoi il parle.