La CCI de Corse… De la crise à la relance

La CCI de Corse… De la crise à la relance

« Cette rentrée 2020 marquée par la crise COVID-19, si particulière à plus d’un titre, reste néanmoins l’occasion naturelle de faire un point de situation, un résumé des enjeux d’actualité, et surtout de préciser les objectifs des semaines et mois qui viennent.

Evidemment notre fil rouge de ce matin et notre propos seront essentiellement économiques, non pas que les aspects sanitaires de la crise COVID-19 soient moins importants ou moins intéressants… mais il est bon que dans ces moments troublés, chacun garde de la légitimité dans ses prises de parole.

Notre mission est de représenter, promouvoir et défendre les intérêts économiques de l’ile, est c’est ce que nous faisons sans faillir ni se résigner, avec l’ensemble des Organisations Professionnelles, depuis le début de la crise.

Alors je veux être très clair : à aucun moment, ni chez nous, ni chez les syndicats professionnels et ni chez aucun de nos partenaires, nous n’avons vu s’exprimer des positions extrêmes avec les enjeux économiques qui prendraient le pas sur les autres, l’économie à tout prix et a fortiori au prix de la santé des Corses… ça n’est pas et ça n’a jamais été notre credo, notre vision d’une société équilibrée, et à plus forte raison quand elle traverse une crise aussi grave et profonde que celle de cette année.

Notre travail économique a toujours été construit sur le fondement de l’intérêt général et la recherche de l’équilibre de la société corse dans son ensemble.

Nous tenons à cette marque de fabrique, nous tenons à objectiver l’immense travail de nos équipes sur des bases très solides et très sérieuses, pour rechercher et mettre en œuvre les voies et moyens d’intervenir au cœur de cette crise et en limiter les effets sur nos ressortissants, sur notre tissu… dont je rappelle qu’il est formé quasi intégralement de TPE PME familiales, de commerçants, d’artisans, de femmes et d’hommes, qui sont à la fois les plus vulnérables et les plus exposés.

Je ne vais pas détailler l’ensemble des dispositifs, mes collègues le feront tout à l’heure, mais simplement évoquer les grandes lignes de nos actions depuis le mois de Mars.

Premièrement et avant tout… notre priorité… notre urgence absolue a consisté à reconnecter la Corse aux réseaux d’échanges maritimes et aériens que la crise avait interrompus et qui d’eux-mêmes n’étaient absolument pas susceptibles de s’autoactiver !!

En dehors de la ligne de service public avec Marseille et des lignes de Toulon et Livourne pour le maritime, Marseille, Nice et Paris en OSP pour l’aérien, la Corse était, à la veille de la saison, à la mi-juin… complétement coupée du reste du monde.

Le scénario d’une saison blanche était à la fois sur la table de beaucoup de décideurs publics, et dans les pires cauchemars de tous nos ressortissants chefs d’entreprises, commerçants et artisans.

Notre travail a consisté à lutter contre ce scénario catastrophe, et mettre au point puis déployer en urgence un double dispositif de reconnexions, totalement inédit et financé sur les fonds propres de nos concessions déjà très fortement entamés par la crise :

A- Le premier volet était destiné à sécuriser la réouverture des liaisons et améliorer la qualité sanitaire des flux entrants avec les contrôles thermiques aux arrivées des 10 ports et aéroports de Corse (achats matériels, constitution des procédures et équipes, autorisations administratives, préfectorales, ARS…).

Le budget de cette mesure, de l’ordre d’1 M€, avec 700 K€ pour les aéroports et 350 K€ pour les ports, est intégralement pris en charge par la CCI, et depuis sa mise en œuvre opérationnelle mi-juillet, a permis de redonner confiance aux compagnies et voyageurs, comme l’a souligné le porte-parole du gouvernement lors de sa visite à Ajaccio au mois d’Août.

D’ailleurs compte tenu de son intérêt, cette mesure essentiellement observée dans les aéroports internationaux, vient d’être étendue par le gouvernement Italien à tous les flux passagers maritimes du pays, et même aux flux passagers sur tous les navires battant pavillon italien hors de la péninsule.

B- Le second volet était destiné à soutenir financièrement les compagnies qui prendraient avec nous le risque de la programmation de la destination corse dès 2020, dans des conditions et une période totalement réfractaires aux déplacements par avion ou par bateau.

Le principe était de cofinancer les plans marketing de ces compagnies aériennes et maritimes, à due proportion de l’ampleur du réseau qu’elles déploieraient sur la Corse, et pour ne pas risquer un effet trop fugace, nos conditions imposaient des plans de desserte sur 3 ans.

Ainsi pour l’aérien, avec un budget de l’ordre de 5 M€, nous avons pu recréer 132 lignes aériennes avec une quinzaine de compagnies, et pour le maritime, un budget de 1.5 M€ a permis de soutenir 22 lignes en dehors de la DSP avec les 4 compagnies concernées.

Force est de constater que notre plan a fonctionné, et bien fonctionné… que la reconnexion a bien été établie, avec des résultats meilleurs qu’escomptés, notamment et surtout pour les liaisons nationales et le marché domestique ; les segments internationaux, mêmes s’ils ont pu être reconnectés également, ont pour toutes les raisons que chacun connait, connu moins de flux que l’hexagone et la clientèle française.

C’était notre priorité, celle des professionnels, des OP – et je salue en particulier le rôle de coordination de l’UMIH dans cette période si compliquée-, qui ont montré une grande cohésion et une grande implication depuis le mois de mars, et nous devons les remercier comme nous remercions les compagnies maritimes et aériennes qui ont fait des efforts, pris des risques, et participé activement au sauvetage d’une bonne partie de la saison.

Nous avons également des regrets, car toutes n’ont pas joué la même partition, et au contraire, ont hélas pesé sur les derniers jours du mois de juin et les premières semaines du mois de juillet que nous aurions sans aucun doute pu mieux réussir avec leur concours et leur engagement… mais bref, chacun connait dorénavant les opérateurs sur lesquels nous pouvons compter… et les autres.

Un mot pour souligner que la saison n’est pas finie ; chaque semaine, chaque jour compte… Nous ne devons absolument pas nous résigner et nous travaillons avec nos partenaires pour allonger le plus possible leurs activités sur le mois d’octobre, et même pour certains, le début du mois de novembre…

Mais bon, nous n’allons pas ce matin distribuer les bons et les mauvais points, mais plutôt nous concentrer sur les actions, car au-delà des reconnexions, nous avons engagé très vite deux mesures fortes de soutien des entreprises et du commerce de proximité, avec le soutien de la Collectivité de Corse et de l’ADEC.

Il s’agit de SUSTEGNU d’abord, qui est en réalité un PGE mieux pensé, plus adapté, et surtout dont le coût est entièrement pris en charge par les pouvoirs publics.

Avec son différé qui place les premiers remboursements après la saison 2021 et son taux zéro, il connait actuellement un réel succès, et les fiches jointes à votre dossier sont là pour vous en donner le détail.

Il s’agit de COMPRU QUI ensuite, qui vise à renforcer le comportement vertueux d’achat vers le commerce local, vers le commerce de proximité.

Les corses ont montré pendant cette crise, un réel soutien à leurs commerçants et accentué leurs consommations c’est indéniable ; cette opération, qui ne demande qu’à être amplifiée et renouvelée, est venue intensifier cette importante solidarité citoyenne renforcée par la participation des EPCI qui ont amené de manière très sensible une participation inédite à ce type de manifestation.

Là aussi, les détails que pourront développer mes collègues et les fiches du dossier vous donneront toutes les précisions nécessaires.

Car je ne voudrais pas être trop long, et garder du temps pour le dernier point important que je souhaitais partager avec vous ce matin, celui de notre étude qui vise à proposer une contribution, des mesures de redémarrage de court terme et de relance de moyen terme en faveur de l’économie de la Corse.

Nous avons publié à la fin du mois de juillet, ce travail élaboré à partir des contributions de 1 746 entreprises corses, 46 partenaires institutionnels, nos services et nos élus, et la compétence internationalement reconnue du cabinet EY.

Il comporte 70 mesures (comme le plan de relance national annoncé jeudi par le Premier Ministre, mais c’est un hasard) et chiffre un volume de 2.5 Mds d’€uros de crédits de multiples origines à réunir pour le financer.

Il a été adressé au Gouvernement, aux autorités préfectorales et locales, aux élus de la Collectivité de Corse et au Président du Conseil Exécutif en particulier.

Une synthèse figure dans votre dossier.

Ce que nous attendons maintenant, c’est évidemment l’ouverture rapide, l’ouverture urgente de discussions sérieuses avec les autorités de l’Etat et de la Collectivité de Corse pour passer à l’action.

Car si nous avons sauvé l’essentiel de ce qui restait de la saison cet été, le compte n’y est pas et nous en sommes loin.

Les 30 % du PIB tirés habituellement du tourisme, les effets indirects et induits de ces 30%… toutes ces valeurs ne seront pas constituées cette année ; nous estimons la partie préservée à 50 ou 60%, pas davantage… avec qui plus est, des secteurs beaucoup plus gravement impactés, et je pense à l’hébergement marchand qui est loin de retrouver la moitié de son chiffre d’affaires habituel.

Ces pertes et les surcoûts liés à la crise sont pour l’instant financés, pour ceux qui y ont accès, en très grande majorité par des dettes : fiscales, sociales, bancaires…

Un mur de dettes supérieur à 1 Md d’€uros vient d’être constitué avec les PGE et les reports d’échéances, et j’insiste car c’est un point cardinal, ce mur doit absolument faire l’objet d’un traitement urgent et spécifique à la Corse et à son tissu économique.

Sans cela, nous n’aurions fait que reculer pour mieux sauter, et les puissantes mesures de l’Etat du printemps, celles de la Collectivité, les nôtres… toutes ces mesures seront englouties avec les cessations de paiements et faillites en série que le court terme nous réserve si nos négociations ne s’ouvrent pas rapidement, et surtout si elles n’aboutissent pas dans les mois qui viennent.

Nous proposons 12 actions d’urgence et 58 de moyen terme (dont 16 prioritaires), et nous sommes prêts, préparés, disponibles, pour les mettre en partage et en discussion.

Le sommet de cette semaine et la présence de M. le Président de la République à Ajaccio, la prochaine visite en Corse du nouveau Premier Ministre, nos démarches répétées en direction des Ministres Jacqueline Gourault et Bruno Le Maire – qui vient d’ailleurs d’être investi de la responsabilité de piloter la relance nationale – sont autant d’occasions que nous entendons saisir pour que la Corse, première région française la plus impactée, prenne sa part et toute sa part aux efforts et mesures de relance européenne, méditerranéenne, nationale et locale.

Je lance d’ailleurs un appel solennel au Président Macron pour que nous puissions travailler, proposer, réformer sans plus attendre, dans le plan et dans les cadres qu’il a ouverts, afin que cette crise ne nous condamne pas, ne condamne pas la Corse à la récession, nos jeunes au chômage, et notre société à la détresse et au désespoir.

Nous ne méritons pas ce triste sort et nous nous battrons pour que cela n’arrive pas.

La CCI de Corse a été au premier rang depuis la mi-mars pour lutter contre la crise… elle le restera pour lutter contre ses dégâts et ses effets toxiques.

Même si nos moyens sont limités, notre détermination est intacte et nous ne lâcherons rien.

Notre rôle, notre énergie et nos missions dans les prochaines semaines seront entièrement tournés vers les chefs d’entreprise et les commerçants, vers les soutiens qu’ils attendent et qu’ils méritent pour sauver leurs activités, les faire évoluer et progresser, pour construire un nouveau modèle économique corse résilient, générateur d’emplois et d’activités. »

Jean Dominici, Président CCI de Corse
Ajaccio, 7 septembre 2020

 

TRANSPORTS SUSTEGNU COMPRU QUI PLAN DE REDEMARRAGE (SYNTHESE)