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[CORSE-MATIN] La Chambre de commerce veut bâtir son nouveau modèle

Avant l’installation de la chambre consulaire régionale, la journée post-électorale de formation des nouveaux élus était placée, hier, sur le campus cortenais, sous le signe des nouvelles ambitions. La volonté de devenir un « bras armé » de la Collectivité de Corse a été réaffirmée.

C’est l’histoire de son propre monde que le chef d’entreprise ne connaît pas forcément. Elle a commencé en… 1599. En ce temps-là, à Marseille, les commerces décidaient de se rapprocher, éprouvant le besoin d’être solidaires pour assumer une vocation exportatrice vers le bassin méditerranéen. La toute première chambre de commerce qui ne disait pas encore son nom venait pourtant de voir le jour, s’ouvrant sur un destin aux fortunes diverses.

Cette histoire dont le fil n’a jamais été rompu jusqu’à nos jours, Remco Wallig a jugé bon de la raconter, hier, dans les locaux de l’Institut universitaire de technologie de Corte. Le consultant de la Chambre de commerce et d’industrie de Corse était là pour animer une journée de formation à l’attention des élus. Il aura pris soin de leur expliquer en quoi allait consister leur mission, et dans quel monde ils se préparaient à évoluer dans la foulée d’une élection, pendant un mandat de 5 ans.

Ce monde, c’est d’abord, aujourd’hui, celui des 75 chambres régionales ou territoriales. Une nouvelle donne issue de nombreuses fusions, le temps d’un basculement qui transforme les anciennes entités départementales en CCI « locales ». En haut de la pyramide, CCI France, « la tête d’un système centralisé », observe le consultant qui ne cache pas sa sensibilité girondine en décrivant un mécanisme « inexplicable » au coeur duquel deux chambres de commerce, en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie, sont rattachées à des collectivités. « Il y a sûrement des idées à y puiser », glisse l’animateur de cette journée en se tournant vers les cadres d’une chambre régionale corse concentrés sur la construction d’un nouveau modèle, lequel est supposé amorcer un tournant sans précédent.

Le projet est dans tous les esprits, d’abord celui de Jean Dominici qui, tout en réaffirmant la volonté de la Chambre qu’il préside d’oeuvrer pour « remettre les enjeux économiques à la place qu’ils méritent », entend « réformer la CCI et mettre en place un nouveau modèle consulaire pour la Corse ». Et d’ajouter : « Le modèle national dans lequel nous sommes empêtrés pour l’instant vient de démontrer à nouveau ses limites lors de l’élection consulaire avec une participation moyenne de l’ordre de 6 %, la baisse continue des ressources et la transformation des CCI en opérateurs privés condamnés à vivre de prestations facturées aux commerçants et chefs d’entreprise. Ce modèle n’a aucune chance de prospérer en Corse, encore moins d’y trouver la place centrale que nous ambitionnons de lui donner. » Construire un modèle qui s’appuierait sur une articulation Collectivité de Corse-Chambre de commerce et d’industrie.

Tel est le projet, « simple et efficace qui nous permettra de stabiliser notre rôle et de développer nos investissements dans le domaine des transports , des aménagements portuaires et aéroportuaires si importants, mais également dans les enjeux de formation et d’accompagnement des entreprises et des territoires », explique Jean Dominici qui n’est pas le seul à y croire. En marge de la journée de formation, les discussions révèlent une conviction unanime. Celle d’avoir fait le bon choix.

Cadres et élus consulaires insistent tout particulièrement sur des desseins qui s’inscrivent dans une logique institutionnelle. Celle d’une collectivité unique qui invite à la cohérence et à la simplification. Plus jeune Chambre régionale de France, la CCI de Corse a été créée en 2011. Évoluant seulement, durant une décennie, dans un simple rôle de coordination, son destin s’est incontestablement accéléré au début de l’année dernière grâce à l’union consulaire qui a fait de la Chambre régionale le seul établissement public à personnalité morale sur le territoire insulaire.

« Nous travaillons désormais à la phase 2, poursuit Philippe Albertini, directeur général de la CCI. Sortir du schéma national pour devenir un bras armé de la Collectivité de Corse. Son outil opérationnel taillé pour mettre en oeuvre les politiques publiques. » Précisant que cette orientation n’est en aucun cas une obligation, qu’elle a constitué « un choix positif », le DG y voit malgré tout un préalable. « Si on veut se rapprocher de la CdC, il faut qu’on se configure de la même manière. Pour que l’arrimage du vaisseau puisse se faire dans sa logique et sa symétrie. »

« Faire de nos aéroports une plaque tournante méditerranéenne »

Une réforme dans ce sens permettrait aussi à la chambre d’éviter d’être exposée à un appel d’offres dans le cadre duquel tout est possible. « On n’a pas les moyens de Veolia », confie un élu. Il s’agit, pour la CCI de Corse, de s’extraire « d’un modèle mortifère, qui impose un toboggan budgétaire, la facturation aberrante de nos prestations, estime Philippe Albertini. Ce modèle offre un double avantage. On échappe à un sort funeste et on crée un cercle vertueux, simple et efficace. » Une option qui, au-delà de garantir la survie de l’outil, le conforterait dans l’efficacité de sa mission.

Le directeur général en est persuadé. « Un exemple, la gestion des aéroports. Ces derniers s’inscrivent aujourd’hui dans une gestion parcellaire par rapport à leurs propres enjeux. L’idée est de créer un système aéroportuaire de quatre plateformes qui travaillent ensemble pour se positionner de manière compacte sur le marché du transport aérien. On représente quand même 4 millions de passagers. Au lieu d’être des aéroports provinciaux de taille moyenne, on peut devenir, en se hissant à la hauteur des enjeux de l’échelle systémique, une plaque tournante du transport aérien en Méditerranée. »

La CCI s’appuie sur des résultats qu’elle juge encourageants, dans un contexte de transition. Notamment les conclusions d’une enquête nationale sur la performance des Chambres régionales réalisée par un cabinet indépendant. La chambre de Corse y obtient la meilleure note. L’enquête révèle par ailleurs que 40 % des entreprises corses jugent positif l’impact de leur instance consulaire. La moyenne nationale dépasse à peine les 20 %.

Si la mandature de 5 ans qui vient de s’ouvrir va être en partie consacrée à la construction de ce nouveau modèle, le calendrier demeure incertain. Prévue dès le mois de janvier en deuxième lecture à l’Assemblée nationale, la loi 3DS constituerait le véhicule législatif le plus efficace. Un texte spécifique risquerait de prendre plus de temps, tout comme une hypothétique réforme consulaire nationale.

Confirmant sa vision girondine, Remco Wallig considère pour sa part que ce modèle est « adapté à une chambre régionale comme celle de Corse. On est déjà dans un cadre culturel, linguistique, géographique et institutionnel avec une collectivité qui a beaucoup de compétences. On n’est pas encore dans le virage, mais tout le monde se prépare à le négocier. L’article 46 de la loi Pacte le permet. »

La CCI tiendra un nouveau séminaire dès le premier trimestre 2022. Il y sera largement question de cet avenir vers lequel elle veut tendre à tout prix.

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Dominique Di Menza, élus d’une nouvelle ère

« Rapprocher les gens du sud de ceux du nord, ça n’a pas été facile, mais aujourd’hui, ça marche.»

Si les cadres de la chambre régionale savent à quel point l’union régionale a mobilisé les énergies, ils entendent désormais capitaliser sur une nouvelle donne consulaire pour transformer l’essai. Hier, dans l’amphi Ghjuvan-Battista-Acquaviva de l’Institut universitaire de technologie, la coloration interdépartementale faisait plaisir à voir, la présence d’acteurs économiques nouvellement élus n’était pas moins réjouissante.

Dominique Di Menza fait partie de ces chefs d’entreprise insulaires plongés dans la vie de la CCI, « depuis à peine 15 jours », avoue en souriant celle qui dirige, à Porto-Vecchio, une affaire de construction immobilière, parallèlement à un poste de directrice financière pour un groupe du même secteur économique. Ce qui l’a poussée vers la chambre régionale ? « Le regard circonspect que portaient les entreprises sur la CCI. Je constatais que nombreux étaient les acteurs qui ne voyaient pas l’intérêt d’avoir une chambre performante, à même d’aider les entreprises. Financièrement, par la formation et beaucoup d’autres choses. Voilà pourquoi, j’avais envie de m’investir. C’est chose faite aujourd’hui. »

Hier, Dominique Di Menza n’a pas perdu une miette de la journée cortenaise d’information. Un séminaire qu’elle a trouvé très dense. « Je ne pense pas que l’on retiendra tout le contenu dans le moindre détail, mais pour des nouveaux comme moi, il est important de savoir et de comprendre qui fait quoi, et dans quelle mesure. »

La nouvelle élue ne sait pas encore dans quel domaine elle va s’investir au sein de l’instance consulaire, mais elle a quelques idées. « Peut-être dans la formation, la gestion des aéroports… Je dois en discuter avec le président . Ce qui est important, c’est que je puisse être utile », insiste celle qui croit aussi à la pertinence du nouveau modèle dans lequel la CCI s’oriente. « C’est une nouvelle ère qui va s’ouvrir, je crois qu’il faut jouer cette carte à fond ».

NOËL KRUSLIN