[LA LETTRE – CCI DE CORSE] Le développement « transpire » par tous les ports

[LA LETTRE – CCI DE CORSE] Le développement « transpire » par tous les ports

Bastia et les autres ports de commerce sont promis à un avenir plus prospère et plus durable. Chaque projet qui les concerne est guidé par des impératifs d’amélioration de la sécurité et de l’environnement. Le récent incident du Paglia-Orba a retenti comme la dernière sirène d’alarme…

En quelque sorte, le port de commerce de Bastia navigue entre deux eaux. Contrairement à Ajaccio où les enjeux sont aussi clairement définis que les programmes de travaux, le sort du projet d’un nouveau port – celui de « Portu Novu » semble tenir la corde – n’a pas encore été définitivement scellé. Depuis longtemps, la CCI de Corse tire la sonnette d’alarme sur les limites sécuritaires et spatiales du bassin Saint-Nicolas. L’avarie du Paglia-Orba, sérieusement endommagé il y a deux semaines lors de sa manoeuvre d’accostage est venu rappeler de manière spectaculaire la dangerosité de l’infrastructure. Dans l’attente d’une décision politique pour éclaircir enfin l’horizon – un débat est annoncé au mois d’avril à l’Assemblée de Corse – notre chambre déploie des mesures d’amélioration aussi bien pour les usagers que pour les différents opérateurs. Car même si elle devenait une certitude, peut-être même après le référendum local que propose le maire Pierre Savelli, la construction d’un nouveau port à la sortie sud de la cité prendrait des lustres…

Acquisition d’un bâtiment-remorqueur

Déjà, dans un délai raisonnable de deux à trois ans, il s’agit pour le port principal bastiais de redéfinir un schéma de circulation plus sécurisé pour les piétons et les automobiles en créant notamment des banques d’embarquement comme cela existe dans les aéroports. Mais aussi de gagner en fluidité par la distinction physique entre le flux des poids lourds et celui des véhicules légers et ce, grâce à l’aménagement  des espaces de terre-pleins supplémentaires libérés, entre autres, par la disparition du hangar de la cimenterie. En même temps, il convient d’optimiser le potentiel d’accueil des navires et de sécuriser leurs escales dans un contexte météorologique très évolutif. Dans cette perspective, l’attention se focalise tout particulièrement sur le poste à quai numéro 8, situé en entrée du bassin, pour l’équiper de deux ducs d’Albe supplémentaires destinés à l’amarrage et à l’accostage. Un investissement de 3,5 millions. Par ailleurs, le bassin étant lui-même trop étroit, la chambre a prévu de faire l’acquisition d’un remorqueur qui, en cas de vent fort, rendra les manoeuvres des bateaux de taille supérieure à 150 mètres beaucoup plus sûres. La présence de ce nouveau bâtiment de plusieurs tonnes cumulerait bien d’autres avantages comme l’intervention rapide et efficace en cas de panne d’un navire, d’incendie ou de pollution. Et on connaît l’impact des incidents de ce type sur l’agenda des escales et l’approvisionnement des marchandises. Le renfort de ce bâtiment-remorqueur, estimé à 6 millions, est espéré pour le courant de l’année. Enfin, outre le raccordement de quatre postes à quai au réseau électrique dans le but de réduire, dans les meilleurs délais possibles, la pollution par les fumées des navires, le Môle nord, qui accueille les croisiéristes, sera équipé d’une rampe d’accès pour les personnes à mobilité réduite. Une lacune qu’il est essentiel de combler pour les moindres égards dus à tous les passagers et pour améliorer la qualité de service envers les compagnies car, depuis plus de dix ans, la CCI oeuvre pour rendre la destination de Bastia plus attractive aux yeux des armateurs spécialisés dans les croisières.

Mise à niveau essentielle à Porto-Vecchio

L’intérêt stratégique des ports qualifiés, à tort, de « secondaires » n’est pas délaissé, loin s’en faut. C’est le cas du port de commerce de Propriano, collé au port de plaisance, au coeur même de la commune balnéaire du Valinco. Le projet phare, à l’horizon 2025, consiste à rallonger la digue Est d’une soixantaine de mètres afin de créer un point d’amarrage et permettre l’accueil des cargos mixtes dans de bonnes conditions quelle que soit l’orientation du vent et, parallèlement, assurer aux bateaux de croisière la possibilité d’accoster au quai numéro 1. Élargir le champ du possible pour ces derniers, c’est favoriser, dans la configuration portuaire de Propriano, le commerce de proximité tout au long de la saison touristique.

Sur le versant opposé, le port de commerce de Porto-Vecchio se trouve dans un environnement géographique équivalent avec, toutefois, une activité plus intense en termes de trafics de passagers et de fret et donc des retombées économiques vitales qui s’étirent de l’extrême sud à la plaine orientale. Or, la dernière mise à niveau, partielle, du plan d’eau date de plus d’un quart de siècle et il n’est plus formaté pour recevoir les navires actuels, de tailles plus importantes que par le passé, sans produire de lourdes incertitudes à chaque manoeuvre d’accostage ou d’appareillage. Il est donc devenu impératif d’entreprendre les travaux d’approfondissement des bassins et de remise à niveau générale de l’infrastructure pour permettre aux navires d’être accueillis dans des conditions sécuritaires normales et s’assurer de la pérennisation de ses activités, essentielles pour l’économie du sud de la Corse et, au-delà, de tout le territoire. Ce qui n’a pas pu être fait dans les années 2000 sous l’égide du Département doit devenir réalité dans un délai de cinq ans pour un coût oscillant entre 12 et 20 millions en fonction des contraintes physiques du chantier.

Des ports qui ne fument plus…

L’électrification des postes à quai pour le raccordement des navires s’étend aux ports d’Ajaccio, de Propriano, de Porto-Vecchio et de Bonifacio car, on l’a souligné, c’est la solution la plus efficace d’atténuer de manière tangible l’impact des fumées des navires à quai et ainsi agir en faveur d’une meilleure qualité de l’air.

Ce qui implique aussi que les différentes flottes soient elles-mêmes mêmes préalablement équipées. Il est tout aussi souhaité que la production d’électricité soit également vertueuse grâce au recours le plus large possible aux énergies renouvelables, hydraulique, éolien, photovoltaïque…

Les communes et communautés de communes concernées soutiennent la démarche et militent pour la prise en compte financière, dans le cadre du futur plan de l’État, d’un programme évalué au total à près de 52 millions.

Mais la triste actualité montre que la santé publique n’a pas de prix…

ARTICLE PARU DANS L’ÉDITION N°7 (FEVRIER 2021) DE LA LETTRE – CCI DE CORSE

LA LETTRE N°7