[CORSE-MATIN] « Sans la concession des ports et aéroports, il n’y a plus de CCI »

[CORSE-MATIN] « Sans la concession des ports et aéroports, il n’y a plus de CCI »

Jusqu’ici président de la CCI de Bastia et de Haute Corse, Jean Dominici a été élu hier, à Ajaccio, président de la CCI de Corse, par 30 voix, soit l’ensemble des suffrages exprimés. / PHOTOS EMILIE RAGUZ

 

Tout juste élu président de la chambre de commerce et d’industrie de Corse, nouvelle entité née de la fusion des trois chambres consulaires, Jean Dominici souhaite un rattachement rapide à la collectivité de Corse.

Vous venez d’être élu à la présidence de la chambre de commerce et d’industrie de Corse. Pourquoi le premier président de cette entité, née de la fusion des trois chambres consulaires, est-il celui de Haute-Corse ?

Cela a été décidé d’un commun accord avec le président de la CCI du Sud, Paul Marcaggi, et celui de la CCI régionale, François Nicolai et moi-même. Tout fonctionne bien.

Les deux chambres, celle de Haute-Corse et celle du Sud ont des passés différents, compliqué pour celle du Sud qui, en 2017, a fait l’objet d’une enquête préliminaire qui s’est soldée par un non-lieu.

La fusion est-elle délicate à mettre en œuvre entre ces deux entités ?

Non, pas du tout. Les deux chambres ont peut-être un passé différent mais depuis le 1er janvier, nous sommes entrés dans une nouvelle vie. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons souhaité créer une CCI de Corse. Nous travaillons très bien ensemble depuis quelques mois pour créer cette nouvelle entité. Nous allons prendre ce qui est bon en Corse-du-Sud et ce qui est bon en Haute-Corse. Les deux chambres ont, en leur sein, des gens très compétents.

Concrètement à quoi sert une chambre de commerce et d’industrie ?

Essentiellement, ici en Corse, à gérer les ports et aéroports et les instituts consulaires. Cela représente 750 employés.

Il a été récemment beaucoup question de ces concessions avec le passage de la tempête Fabien, notamment de l’aéroport d’Ajaccio resté fermé une semaine. Quel sera votre axe de travail sur cette question ?

Je tiens à dire que nos collaborateurs ont très bien travaillé au moment de la tempête. Le travail d’Air Corsica a été médiatisé mais les employés de la CCI ont fait ce qu’il fallait pour favoriser le travail de la compagnie aérienne. Et nous allons tout mettre en œuvre pour que ce qui s’est produit le mois dernier ne se reproduise plus. Il n’est pas normal qu’un aéroport international soit contraint de fermer ses portes pendant une semaine.


La CCI de Corse est née le 1er janvier de la fusion des deux chambres départementales.

Quel est le plus gros défi de cette nouvelle chambre de commerce et d’industrie de Corse ?

Pour nous, clairement, notre objectif est de garder la gestion des ports et des aéroports. Sinon, la chambre de commerce et d’industrie disparaîtra. CCI France nous demande de récupérer des ressources extérieures, de facturer nos ressortissants sur les conseils que nous leur donnons. Et ça, en Corse, nous ne savons pas faire. Nous voulons bien aider nos ressortissants mais nous ne voulons pas les faire payer. Les concessions portuaires et aéroportuaires représentent la majeure partie de notre source de revenus. Si nous les perdons, nous n’aurons plus moyen de nous financer et de faire vivre nos 750 employés.

Existe-t-il un risque que vous perdiez ces concessions ?

Oui. À titre d’exemple, la chambre de commerce et d’industrie de Marseille, alliée à un groupe de BTP , a récupéré la concession de l’aéroport de Lille. Un groupe chinois a repris l’aéroport de Nice…Comme ailleurs, les concessions pourraient nous échapper par le biais des appels d’offres que lance la collectivité de Corse en tant que propriétaire des ports et aéroports.

C’est, entre autres, pour cette raison que vous prônez la mise sous tutelle de la CCI de Corse à la collectivité de Corse ?

Oui, nous espérons qu’en étant demain un organisme de la CdC, nous pourrons ainsi nous affranchir de l’appel d’offres.

À quel moment ce rattachement à la collectivité de Corse pourra-t-il s’opérer ?

Le plus rapidement possible !

L’État y est favorable, le président du conseil exécutif aussi. Je ne vois pas ce qui pourrait nous empêcher d’arriver dans les meilleurs délais à ce rattachement.

Quel port souhaitez-vous pour Bastia ?

Notre priorité, c’est le grand port. Aujourd’hui, nous avons une capacité à recevoir des bateaux qui ne dépassent pas les 140 mètres, or tous les bateaux aujourd’hui dépassent cette taille. Si demain un accident survenait, nous serions contraints de fermer le port.

Gilles Simeoni a proposé une solution, plusieurs études sont en cours, nous adopterons la meilleure des solutions. Quoi qu’il en soit, il faut que ce port soit réalisé le plus rapidement possible.

Comment se portent les finances de la nouvelle chambre de commerce et d’industrie de Corse ?

Nos finances sont saines. La nouvelle CCI aura un budget global de 200 millions d’euros. Mais encore une fois, si nous perdons la gestion des ports et aéroports, nous n’aurons plus de ressources…

La fusion des chambres va-t-elle entraîner une restructuration de la masse salariale ?

Il n’y aura pas de licenciement, pas de départ à la retraite anticipé. La chambre de Corse-du-Sud et celle de Haute-Corse sont certainement les chambres de commerce les mieux structurées de France en termes de personnel. Aujourd’hui, à l’échelle nationale, on compte plus de 7 000 suppressions emplois dans les CCI. Ici, nous n’en déplorerons aucune.

La redynamisation des centres-villes est-elle également dans vos préoccupations ?

Oui, bien sûr. Sur Ajaccio, ce sera l’une des missions confiées à Paul Marcaggi qui reste, à titre consultatif, président de la chambre du Sud, jusqu’à la prochaine échéance électorale, en 2021. Nous allons également nous atteler à cette question à Bastia.

Le Sud et la Haute-Corse partagent-elles les mêmes réalités économiques ?

Oui, je pense que la dynamique est identique. Autrefois, le Sud avait un peu de retard, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Il n’y a désormais plus de Corse-du-Sud ou de Haute-Corse. On parle désormais de la Corse.

Quel regard portez-vous en tant que président de la chambre de commerce et d’industrie sur l’économie insulaire ?

Nous avons compté un peu moins de touristes cette année. Il ne faut pas perdre de vue que le tourisme est l’activité principale. Nous allons faire en sorte d’améliorer cela. Mais de façon générale, l’économie n’est pas si mauvaise que ça. Beaucoup de gens travaillent bien.

La CCI et l’Adec ont récemment annoncé des prêts à taux 0 pour des entreprises de moins de 11 salariés. Les PME corses se portent-elles bien ?

Nous nous sommes rendu compte que les entreprises corses ont tendance à beaucoup trop se servir de leurs fonds propres. Avec cette mesure qui leur permet d’obtenir jusqu’à 50 000 euros en cinq ans, ils pourront garder leurs fonds.

Quelles sont vos relations avec l’État ?

La préfète de Corse, Josiane Chevalier, tout comme Gilles Simeoni, étaient présents aujourd’hui pour cette assemblée générale extraordinaire. Nos relations sont bonnes avec l’un comme avec l’autre.

Josiane Chevalier a évoqué le rapprochement de la chambre de commerce et d’industrie avec les chambres de métiers et de l’artisanat. Le souhaitez-vous ?

Ce rapprochement est prévu, nous l’espérons dans les mois à venir. Il est logique puisque nombre de ressortissants sont dans les deux chambres.

PROPOS RECUEILLIS PAR C.M.

REPÈRES

Né en 1954, Jean Dominici, dirige plusieurs entreprises, en Corse et sur le continent. (Continental auto location, Europcar, Audit, Volkswagen). Elles comptent environ 450 employés. Jean Dominici est membre du consortium Corsica maritima, actionnaire de notre titre.

21 000 RESSORTISSANTS, 45 000 EMPLOIS

La CCI de Corse représente plus de 21 000 ressortissants (entreprises, 10 000 dans le Sud, 11 000 en Haute-Corse), et près de 45 000 emplois dans l’île en 2016, selon les chiffres des chambres consulaires. Première mission de la CCI : « Répondre aux besoins des entreprises » sur leur territoire.

Son action s’inscrit en suivant les trois principaux documents cadres que sont le contrat plan État-région 2015-2020, le Plan d’aménagement et de développement durable de la Corse (Padduc) et le Schéma de développement économique, d’innovation et d’internationalisation (SRDE2I) de la Corse.

SOUS LA TUTELLE DE LA CDC

Le transfert de la tutelle de l’Etat vers la collectivité de Corse constitue un article de la loi Pacte. Une étude de faisabilité menée conjointement par la collectivité de Corse, l’État et les chambres consulaires pour proposer un diagnostic, un audit et une assistance est en cours et devrait en principe aboutir d’ici mai 2020.